Nappex?

Article initialement posté sur BlingcoolNCie

Nappex, terme qui a été mis sur le devant de la scène par cet article…Je le redéfinirais ici en prenant quelques libertés…Nappex : Femme Afro revendiquant/regardant le port du cheveu afro comme symbole de non aliénation.

Serais-je une nappex? Peut-être ce texte apportera la réponse…

Ce qui est assez remarquable lorsqu’on parle cheveu afro, c’est qu’on peut soulever des questions de sexisme et de racisme. Super combo, non?

Commençons par le sexisme. Nous les femmes, on aime se torturer pour être belle. Si, si, ne protestez pas, ne vous sentez pas offusquées… Je suis la première maso ici avec ma passion pour les talons d’un minimum de 10 cm. Si vous voulez, on pourrait toutes s’asseoir en cercle et nous confesser, et consoler à la fin, toutes en cœur, l’une d’entre nous qui aurait craquée sur le récit douloureux de sa crise aiguë de démangeaisons pour cause de produit decap…euh, éclaircissant obtenu à Barbes, on appellerait ça Les Belles Maso Anonymes…Non? Bon, breffons sur mon délire cynique.

Dernièrement, je lisais des articles assez pertinents sur la place des poils (voir ici) dans le rituel de la beauté féminine, et ce qui m’a frappé, c’est que pour la femme afro descendante, cette place est plutôt tenue par ses cheveux…Oui, je sais, je suis aussi claire que le marc de café, attendez que j’explique, nooor!

En Occident, il est très difficile pour une femme de garder des poils autres que ses cheveux. Arborez une toison sous les aisselles dans la rue, et comptez les minutes, voire secondes avant d’apercevoir la première mine dégoûtée, et très souvent, cette face qui vous reluque comme si vous sentiez le hareng fumé est féminine (ou quand les femmes luttent contre leurs intérêts)…Les hommes sont souvent repoussés par les poils, dont le psychisme a enregistré qu’une femme sexy et attirante est glabre.

Bien que je sois d’accord avec cette analyse, à mon sens, les cultures africaines sont beaucoup moins enclines à la condamnation des poils (voir ici et ), et j’ai trouve le parallèle bien plus saisissant avec le rapport à ses cheveux pour la femme de culture et d’origine afro.
Combien n’ont pas reçu de regards désapprobateurs, souvent de leurs « sœurs », pour un afro dans l’espace public? Subie une lourde insistance d’une coiffeuse pour défriser ou les injonctions a se coiffer d’une tantine? Se faire repousser par un homme car « il trouve ça pas féminin »? Il est vrai que la révolution nappy a apaisé bien des tensions, et revalorisé le cheveu afro, mais les préjugés persistent parfois.

Mais cette lecture du cheveu afro chez les femmes noires comme simple pendant des poils chez les femmes caucasiennes serait trop réductrice. D’accord, il semble clair que porter son cheveu afro peut s’apparenter a une revendication féministe pour une femme noire, au même titre certaines revendiquent de pouvoir porter leurs poils (Si, si, ça existe!). Mais quid des hommes afro? Ça serait oublier que porter son cheveu crépu (du moins long) n’est pas plus acceptable pour les hommes noirs que « leurs » femmes.

Quand ce n’est pas votre patron au boulot qui regarde d’un mauvais œil votre afro  en réunion, ce sont vos collègues de travail ou camarades de faculté qui vous font subir des micro-agressions (Le fameux « Je peux toucher tes cheveux, ah je les touche déjà… »)… Les cheveux caucasiens sont la référence, et votre tignasse n’est qu’au mieux originale, au pire sale et laide. On ne reprochera pas à des cheveux caucasiens de ne pas être coiffés, s’ils pendent dans leur état naturel, ce n’est que normal. Mais bizarrement, nos cheveux dans leur état naturel sont « ébouriffés ». Et le pire dans tout ça, c’est que, de la même manière que certaines femmes blanches aideront le patriarcat en fustigeant le poil moche, certaines personnes noires se feront l’alliée du racisme en clamant que notre cheveu est sale et non présentable.

Finalement, notre rapport au cheveu crépu est doublement compliqué, face au sexisme et au racisme. Et contrairement à ce que certain(e)s diront, il ne s’agit pas simplement de coiffure : dire ça revient à dire qu’on vit dans un monde égalitaire. Et si vous y croyez, eh bien, bonne chance! Certaines n’oseront pas arborer leurs propres cheveux, car ça peut être mal vu, c’est hélas une réalité, et constitue en soi une souffrance. Elles préféreront enchaîner les défrisages à gogo et les tresses en série, y ajoutant une souffrance physique.

N’y voyez pas une condamnation, mais posez vous plutôt la question : puis-je envisager de garder les cheveux crépus, au vu et su de tous, pendant une semaine? Si la réponse est oui, tant mieux…Mais si c’est non, réalisez seulement que vous n’êtes pas aussi libre que vous pensiez l’être.

Lorsqu’on est conscient de ça, on est beaucoup plus enclin à vouloir changer, voire alors le revendiquer. J’étais de celles dont le cheveu devait toujours être tressé, j’enchaînais les longues et fines rastas qui duraient deux mois et cassaient mes cheveux, ainsi que des défrisages artisanaux et non entretenus tous les 6 mois. Je ne m’imaginais pas sortir l’afro libre, le seul jour entre deux coiffures où il pouvait respirer. Maintenant, je garde mes cheveux naturels, ils poussent enfin, mais ça ne m’empêche pas de varier les coiffures comme avant, tout en étant beaucoup plus respectueuse de mes cheveux. Je suis enfin libre dans mon rapport aux cheveux, donc je le revendique : c’était une libération, libération qui ne serait sûrement jamais venue si je n’avais pas réfléchi à l’impact extérieur sur ma crépitude. Après ce travail, je peux dire enfin sereinement « Ce ne sont que des cheveux… ».

Tout ça pour dire quoi? Qu’à mon sens, le plus important n’est pas ce que vous portez sur la tête, mais plutôt si vous avez vraiment choisi ce que vous arborez comme chevelure.

Pour finir, suis-je une nappex? La réponse à cette question importe peu, vous ne croyez pas?

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8 thoughts on “Nappex?

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  5. J’ai des collègues qui se sont pris des remarques au travail parce qu’elles seraient négligées de ne pas avoir défrisé leurs cheveux (et elles étaient métisses, leurs cheveux n’étaient déjà pas complètement crépus)!!Une amie me disait que si elle ne changeait pas de coiffure au moins tous les 3 mois, elle subissait le contrôle social à fond même des femmes de sa famille et d’amies noires. Sans compter que c’est une souffrance physique, dangereuse, et que cela a un coût important. Bon après mon entourage ne constitue pas une norme, mais j’ai plutôt l’impression qu’on n’est pas « libre » de se défriser ou non les cheveux, que cela a une incidence sur une trop forte perception des gens.

    • Merci de ton commentaire, désolée de répondre tardivement! Je suis tout à fait d’accord avec ta conclusion : on est pas si « libre » que ça, et il est très important de le noter. Souvent, c’est ce que les gens ne veulent pas entendre dans ce débat nappy/nappex, il sufirait que les nappys fassent ce qu’elles veulent, sans « embêter » les autres, en faisant semblant de ne pas voir que ce n’est pas si anondin d’être nappy (heureusement, ça tend à l’être…). Alors, que parfois, seules des questions sont posées.

  6. Bonjour Ms.Dreydful,

    J’aime bien ton blog et les analyses féministes intersectionalistes qui y sont fait! Je vais continuer a suivre, j’attends les prochains articles avec impatience! 😀

    PS. Vive le blogging féministe intersectionel!

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