Relations sentimentales et questions de races

Il y a peu de temps, j’évoquais brièvement mon scepticisme de la possibilité, à titre personnel, d’être en couple avec un homme blanc…

Avant d’aller plus en avant, je précise que ce post se situe dans la catégorie « Humeurs », et comme tous les posts de cette catégorie, il repose principalement sur mon expérience et mes sentiments personnels qui ne sont pas (forcément) à généraliser. Basée sur mon expérience donc, il est orienté cis et hétérosexuel. Néanmoins, il se trouve tout de même dans la rubrique « Réflexions », au vu des idées intersectionnelles antiracistes et antisexistes qui vont être exprimées ici.

Voilà, vous êtes prévenu, plus bas, contenu potentiellement explosif…

Modèle blanc et haine de soi

Aussi loin que je puisse me rappeler, en tant que femme noire hétérosexuelle, je n’ai jamais eu une attirance particulière envers les blancs. Les modèles de beauté uniquement blancs que nous propose la société occidentale blanche ne trouvaient pas, grâce à mes yeux. Pendant que mes amies blanches fantasmaient sur les Ben Affleck, Léonardo Di Caprio et consorts, ils ne trouvaient pas grâce à mes yeux. Je me rappelle que je me posais des questions si j’étais insensible à la beauté masculine.  Les femmes ne m’attiraient pas physiquement non plus (bien que je préférais l’esthétisme de nos corps, le patriarcat a bien fonctionné de ce côté-ci…). De toute façon, même si j’avais ressenti une quelconque attirance pour un gars blanc, j’étais en général tellement invisible pour la grosse majorité d’entre eux, que ça n’aurait pas changé grand chose à un début de vie amoureuse. Cet état de faits a duré jusqu’à mon BAC, j’étais l’éternelle copine célibataire. Je me disais à l’époque que j’étais moche physiquement, bien que je soupçonnais que plus que mes traits physiques, c’était surtout ma couleur de peau qui jouait dans l’environnement provincial (et alors peu mixte) où j’évoluais.

Si je suis assez contente que la suprématie blanche a échoué à me faire rechercher à tout prix la blancheur (comme pour cette personne queer de couleur), elle a tout de même réussie à me  faire sentir autre, et un autre laid et difforme, et donc réussie à me faire internaliser une certaine haine de moi-même.

Paris, flirts salvateurs, et fétichisation de mon corps

Après le BAC, j’ai eu le bonheur d’aller étudier dans la capitale pendant 2 ans. Un bonheur car j’adore la ville de Paris et toutes les activités qu’elle permet, et bonheur aussi, car j’ai pu enfin découvrir les flirts et la séduction. J’étais alors une naïve qui était flattée d’être draguée en route (Oui, oui, j’avoue, bien contente de plaire et de ne plus être invisible!), ou en boîte, ou…ailleurs? Bref, je plaisais et c’était plaisant. Mais passé la nouveauté, j’ai pu m’apercevoir de deux patterns de flirts (le harcèlement de rue n’en fait pas partie) : les hommes noirs qui semblaient les seuls à me considérer « femme » (même lorsque c’était d’un point de vue sexiste), et les hommes blancs dont la seule chose qui semblait voir, c’était ma race. Quasiment toutes les fois, où un homme blanc a essayé de me séduire, il était raciste… Plusieurs fois, pendant des sorties en boite, un des jeux avec une copine était de récolter la palme de la phrase de séduction raciste : « Tu es ma gazelle », « Belle sorcière vaudou… », « Tu m’ensorcelles, déesse noire! »…J’en passe, et des meilleures. Le seul blanc avec qui j’ai tenté d’avoir une « relation » faisait une fixette sur mes fesses cambrées, et j’étais clairement son jouet exotique du moment (Ah, erreur passée!). Et je passerais sur le détail d’une histoire pourtant très intéressante d’un homme blanc assez mature qui fantasmait à haute voix sur mes « courbes d’africaine », tout en me demandant d’où je venais (bien que je lui ai répété être française) et visiblement interloqué qu’une noire puisse être à Paris pour étudier (et non courir après les vieux blancs de son espèce au ton racoleur, qui racontent comment ils sont riches et fréquentent les people). J’ajouterais qu’après déclin de ma part de le considérer comme « dating material », il a commencé à m’insulter de « sale négresse » et comment il pouvait lever autant de minettes de mon genre qu’il voulait. Charmant…

Tout ça pour dire finalement quoi? Que les hommes blancs sont tous des crevards? Que l’amour entre couple mixte, ça n’existe pas? Si vous voulez un bon manichéisme dégoûtant, matez vous un film d’Hollywood, et quittez ce blog XD ! J’ai conscience que mon expérience n’est qu’une parmi d’autres, qu’elle ne réfutera pas toutes celles de couples mixtes heureux ensemble. Cependant, je pense qu’il est temps d’arrêter d’être faussement naïf et d’étudier les dynamiques racistes (et sexistes, pour les femmes noires) qui peuvent jouer dans les relations intimes d’une personne noire hétérosexuelle.

Plus sur la haine de soi et les privilèges

Depuis tout petit, en tant que personne noire, nous sommes conditionnées à ne pas nous aimer : l’expérience de la poupée est un exemple entre autres, mais de manière générale, peu de modèles de personnes noires nous sont donnés à admirer. En grandissant, nous nous frottons aux modèles blancs qui nous renvoient à notre bizarrerie au sein de la société. Et notamment pour une femme noire, on entretient parfois des rapports complexes avec notre corps (On peut encore parler cheveux si vous voulez  ;)).

Déjà pour un homme noir, le stigmate du racisme peut être assez lourd à porter, mais la femme noire doit en plus subir le sexisme du patriarcat blanc occidental, mais aussi celui inhérent parfois à sa propre ethnicité. Pour moi, réussir une relation mixte relève de deux choses : soit on est une personne assez forte pour subir cette sorte de menace de triple oppression (sexisme classique cad occidental, sexisme reliée à la dynamique du racisme, racisme classique), soit une personne assez aliénée pour ne pas les voir et/ou accepter de les subir au sein du couple. Qu’on ne se méprenne pas, une relation classique hétérosexuelle entre femme noire et homme noir sera aussi entachée par le sexisme, c’est juste qu’au moins en général, votre compagnon comprend au moins la problématique du racisme et ne vous crachera qu’à la gueule du racisme ordinaire (ou à une chance de faire un parallèle avec le racisme quand vous essayerez de pointer le sexisme du doigt).

Or, le problème de l’homme blanc hétérosexuel valide lambda, c’est que c’est un peu la figure par excellence du privilégié. Même s’il est pauvre, il y a de grandes chances qu’il vous balance son point de vue aveugle à tout moment du jour et de la nuit. Comme je le disais sur Twitter, la balance des privilèges pour un couple hétérosexuel homme blanc/femme noire me semble bien mauvaise (et donc synonyme d’obstacles). Souvent, on se demandera pourquoi les femmes noires reprochent aux hommes noirs d’aller ailleurs, et ne le font pas plus elles-mêmes, sans mesurer la non-équivalence de ces situations. Un homme noir reste un homme, avec donc un certain privilège homme qu’il peut toujours avoir sur une femme blanche, même si celle-ci peut bien être raciste envers lui (privilège blanc que certains hommes noirs peuvent oublier). Du côté de la femme noire, se mettre en couple mixte, c’est risquer la double oppression. Si on a très peu d’estime soi (ce qui ne serait assez normal pour une femme noire dans cette société), on peut alors être cette femme. Pour les non-anglophones qui ne pourront comprendre le lien, il s’agit d’une lettre type « Courrier du cœur » d’une femme noire qui laisse son mari l’insulter de négresse pendant l’acte sexuel, mais ne veut pas le quitter parce qu’elle l’aime et aussi ne veut pas perdre son train de vie. En bref. Malaise…

Pendant ce temps, certaines de nos homologues blanches ne comprendront pas qu’on puisse éprouver plus de réticence qu’elles à embrasser la mixité, qui ne revêt pas le même danger que pour elles. Ces dernières en effet peuvent se permettre plus facilement aussi de s’investir dans un couple mixte car le risque est le même entre un homme blanc et un homme noir (en laissant de côté, les obstacles liés à la culture et aux préjugés), grâce à leur privilège blanc. S’engager donc dans une relation mixte représente, du côté des oppressions du sexisme et du racisme, les mêmes enjeux. On pourrait aller même plus loin, et y voir même un avantage, car un dialogue entre sexisme et racisme pourrait s’établir entre les deux parties.

On retiendra donc que, la haine de soi inculquée très tôt, nous rend vulnérable à résister à la double oppression potentielle que permet une relation mixte, et le privilège « total » d’un compagnon blanc peut nous amener à continuer à nous sous-estimer, à force qu’il ne reconnaisse pas les problèmes particuliers auxquels une femme noire peut faire face. D’où le réflexe sécuritaire de se diriger vers un homme racisé, que la femme racisée peut ressentir plus facilement, contrairement à l’homme noir, ou à la femme blanche.

De l’impératif de la mixité

Mais plus encore sur les couples mixtes, j’aimerais pointer du doigt un problème qu’on ose peu souvent soulever. Celui de l’impératif de la mixité : le métissage comme solution ultime au racisme et preuve de l’ouverture d’esprit.

Mais que recouvre donc l’impératif du métissage?

Parce qu’être pour le métissage, comme ça, en l’idée, ça ne veut pas dire grand chose. Dans l’absolu, je n’ai rien contre les gens qui s’aiment, indifféremment de la couleur de peau. Bien au contraire. Le problème apparaît lorsque cette mixité semble imposée, faisant fi de l’histoire et comment le métissage « racial » avait pu être d’abord un moyen de diluer le noir, et d’échapper à sa condition (les mots « peau chapée » résonneront chez certains). Car plus on est clair de peau, plus on est perçu comme proche du blanc, moins on est ostracisé. Aujourd’hui encore, cette pratique de s’accoupler avec plus clair que soi est souvent encouragée chez certaines populations afro (comme par exemple chez les afro-américains, à cause de l’esclavage « mieux » vécu en tant que nègre de maison, contrairement au nègre des champs). Le racisme réussit alors à se répliquer en strates au sein des racisés même, où les clairs ont plus de valeur (sur ce sujet, cf Dark Girls entre autres).

Mais en plus de cela, le métissage se retrouve encore plébiscité par les médias occidentaux. Si vous y réfléchissez, voyez-vous souvent de couples romantiques uniquement noirs, arabes dans les films? Le racisé doit toujours être en couple avec le blanc, comme une validation de la haine de soi à intégrer, comme si rechercher son semblable physique serait impensable pour le racisé. L’idéologie du métissage peut parfois plus s’apparenter à de l’aliénation ou de la fétichisation, comme essaye de le montrer cet article de façon plus crue.

Finalement, quid de l’amour dans tout ça? Heureusement qu’il existe dans toutes les couleurs, malgré cet environnement toxique et cette société pourrie….

Pour un peu plus sur cette thématique:

  • Un autre point de vue d’une jeune femme noire, mais sous un prisme plutôt culturel [X]
  • Un article des Indivisibles qui pointe des problèmes sur la « séduction » entre un homme blanc et une femme non-blanche [X]
  • Le point de vue d’un homme noir sur l’impératif du métissage [X]

EDIT 07/06/2013 : Sondage!

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91 thoughts on “Relations sentimentales et questions de races

  1. Merci (une fois de plus ;)) pour cet article. C’est une question très intéressante, et j’apprécie sincèrement de pouvoir lire le vécu d’une femme noire à ce sujet.

    J’allais écrire un énooooorme pavé à propos de mon expérience (de femme métisse, pour le coup), mais je me suis dit que ça serait too much alors je vais faire un poil plus court

    Je me souviens de mon premier mec, qui en plus d’être blanc, était issu d’une famille bourgeoise. Un jour, alors que nous passions le week-end dans le petit chateau des parents d’un de ses amis, il m’a dit « ça doit vachement t’impressionner tout ça… ». Sur le coup, je me suis juste dit que c’était un bouffon qui pensait me sortir du caniveau. Lorsque plusieurs mois après notre rupture, je l’ai vu draguer une de mes amies métisses marocaine en lui disant « j’aime bien ton nez, il est bien typé comme j’aime », j’ai compris que c’était un parfait abruti. Quand j’ai apris encore plus tard les propos qu’il a tenus à mon sujet quelques années plus tard, j’ai définitivement su qu’il était raciste… mais ça n’avait pas de sens pour moi ; comment peut-on sortir avec une femme non blanche quand on est raciste ?!
    Après lui, j’ai rencontré quelqu’un de mieux (évoluant dans le même cercle). Lui, blanc, n’aimait pas les blanches. Il préférait les arabes ou les noires. Je n’ai jamais compris ce « truc », mais bon…

    Plus tard, j’ai essentiellement rencontré mes petits amis via des sites de rencontres (ce n’était pas le cas des deux premiers). C’était vraiment pratique de pouvoir filtrer avant de rencontrer irl. Inutile de préciser le nombre de « fétichistes de l’exotisme » que j’ai pu rapidement esquiver ! C’est pas compliqué, les blancs qui me demandaient de suite de quelle origine j’étais, ceux qui me branchaient sur le zouk, ou s’adressaient à moi avec des « tigresse » & compagnie partaient avec plusieurs points de retard, quand je ne les envoyais pas bouler directement (je ne remplissais jamais ce champ dans ma fiche parce que ça me semblait ne pas devoir être un critère et que je n’avais pas envie d’entrer dans une case qui ne me définissais pas) !

    Bref. En dehors de ça, je n’ai pas tellement eu d’expérience négative en étant avec des blancs (soit 99.99% des relations que j’ai eues), mais j’aurais besoin encore de creuser dans ma mémoire, je pense. Mais peut-être aussi que je les ai inconsciemment choisis sur certaines critères m’évitant les fétichistes de la femme noire ! (même si j’ai probablement eu droit à des remarques sur ma cambrure loin d’être africaine… mais je ne m’en souviens pas plus que ça)

    Enfin, c’est marrant, personnellement j’ai toujours eu l’impression en grandissant que les couples mixtes n’étaient pas assez présents dans les films ou à la télé. Je voyais des familles de blancs ou des familles de noirs, mais quasi pas de famille mixte… je ne me sentais représentée nulle part, finalement. Comme quoi finalement, on voit des choses différentes selon le point de vue duquel on se place 🙂

    • Merci de partager ton expérience! ^^ Comme je disais plus haut à Myroie, je pense en effet que la représentation des deux (mixte et non mixte) sont utiles…Je pense qu’il y a déjà peu de diversité dans les films français, donc on trouve forcément qu’il n’y a pas assez de couple mixte ou non mixte (selon notre point de vue). Et vu que dans les films US, les films « blacks » ont vocation à promouvoir ceux-ci, la mixité n’y est pas présente non plus, je peux comprendre que tu te sentes encore moins représentée (ne pouvant pas te jeter autant sur les films US ou de Nollywood )…
      Ce que tu évoques avec celui qui n’aime pas les blanches, ceux-là me rendent les plus sceptiques (Dommage que Blingcool est supprimé ces blogs,..^^ Il parlait de ces personnes là, adeptes des noires et beurettes, capables justement du pire racisme fétichiste). J’avoue ne jamais avoir rencontré des gens via sites de rencontre, mais ça doit être encore plus violent d’aborder encore plus ce genre de profils (même si tu les esquives de suite)…
      Les relations, c’est pas facile!

  2. C’est un article très intéressant. Je pense effectivement que les dominations s’additionnent. En tant que femme blanche, j’ai conscience de n’en subir qu’une seule.
    Néanmoins, je suis moyennement convaincue par l’argument selon lequel la métissage permettrait de diluer le noir. Le métissage atténue le noir, mais il dilue le blanc aussi. A propos de cinéma, dans les années 70, il y avait eu un film très connu (Devine qui vient dîner) aux Etats-Unis sur un couple mixte où une jeune femme blanche présentait son fiancé noir à sa famille. Il y a une dizaine d’années, un remake a été fait en inversant les situations : une jeune femme noire présentait son fiancé blanc. Je ne sais pas trop comment interpréter cette inversion.
    Par ailleurs, sur la représentation des couples au cinéma, même si ce n’est pas le principal sujet, ce qui me frappe le plus est l’âge des femmes. Quel que soit l’âge du personnage masculin, il est rarissime de voir une femme au dessus de la cinquantaine. Et il est très habituel de voir un quinquagénaire avec une trentenaire.

    • Je suis d’accord que les deux couleurs sont diluées, mais je pointais du doigt que surtout les noirs recherchaient cette dilution.
      Je connais bien le remake que tu mentionnes (Black/White, ou Guess Who), j’ai bien aimé, je pense que ce film a été réalisé pour montrer aussi la difficulté d’accepter la mixité de l’autre côté dans le contexte américain très communautariste. C’est sûr que la représentation au cinéma est problématique sur de nombreux axes, notamment pour cet âgisme que je remarque aussi.

  3. J’ai beaucoup appris grâce à cet article et j’aimerai comprendre plus. Je suis un homme cis blanc heterosexuel, je fais donc indéniablement parti du groupe privilégié.
    Si je devais definir l’archetype physique d’une femme qui m’attire, bien que non restrictif, je citerai des traits qui tomberaient sous le raccourcie « exotique » (de mon point de vue). Jusqu’ici mon autoconviction m’a persuadé que c’était équivalent à dire « je préfère les personnes rousses ». De l’article, je deduis que ce comportement s’apparente à du fetichisme et qu’en tant que telle, et à cause de notre société raciste qui nous façonne tous, il impose un claire déséquilibre au sein d’une eventuelle relation. Il faut donc que je me défasse de cette représentation. Cela implique-t-il, potentiellement de faire le choix de ne pas avoir de relation amoureuse avec, par exemple, une femme noire ? Ou est-ce un comportement qui peut-être réellement effacé ? Il est evident que l’attirance physique n’est pas suffisante pour construire une relation saine, cependant je pense que c’est quelque chose de necessaire pour qu’elle soit epanouie. J’aurais donc aimé avoir un avis pour comprendre où été la limite ?

    • Cette question m’a été posée via contact personnel. Vu qu’elle revient, je vais essayer d’éclaircir ce point où je n’ai pas été assez claire, je pense. Les cas dont je fais mention (ou auxquels je pense) dans cet article sont des cas clairs de fétichisation dans le sens où on sent que la personne n’est avec nous/ne s’intéresse à nous, juste pour l' »exotisme » qu’on représente. J’aurais pu être un bonsaï japonais que ça aurait été pareil en fait. Si on se contente d’apprécier certaines caractéristiques sans que ça devienne la définition de la personne, il n’y a pas de problème selon moi. Mais trop souvent, des hommes blancs font une véritable fixette qui est loin de la simple remarque (c’est souvent une accumulation, et un combo ^^), et les remarques sont d’autant pernicieuses qu’elles viennent souvent d’un imaginaire colonial.
      Je pense que souvent il faut simplement éviter d’aborder une femme racisée avec des remarques qui la ramènent à sa race. Exemple, j’ai plus souvent entendu un homme noir me dire « Tu es belle », et trop souvent des hommes blancs mentionner « mes formes d’africaine (quand c’est pas négresse =_=) »…Je pense que ça traduit quelque-chose.

  4. Ping: Relations entre blancs et non-blancs | Pearltrees

  5. Super article merci ! J’ai appris plein de choses. 🙂
    J’aimerais revenir sur la fin, quand tu parles des médias qui présentent souvent des couples mixtes. Tu sembles dire que c’est une aliénation. Et du coup, je me demandais, tu trouves pas que présenter des couples non mixtes c’est aussi problématique ? Je veux dire, par exemple, quand j’avais vu la princesse et la grenouille, je m’étais dit, « roalala, enfin une princesse noire et faut qu’elle soit QUE dans un environnement noir, comme s’il fallait qu’ils restent bien entre eux ». (Bon après, on m’a fait remarquer que sa meilleure amie était blanche, donc je me suis dit que j’étais une courge, mais passons, je m’égare).

    Toujours est-il que je me demande si, au final, il faudrait pas qu’il y ai des deux ? 😀

    • Mauvais exemple avec la Princesse et la Grenouille XD! Ahahaha, moi je suis bien contente que le Prince était noir (On a aussi suffisamment de princes blancs! Pourquoi une petite fille noire ne pourrait pas aussi rêver à un prince noir? Ca doit pas exister? ^^). Si le Prince avait été blanc, le message aurait été à mon avis bien désastreux : les princes sont seulement blancs (–> injonction à la blancheur encore une fois pour la seule princesse noire? On a déjà eu ça avec Pocahontas, merci T_T). De plus, l’action se passe à Saint Louis, ville très « noire », et la Princesse est pauvre (donc plus à même de côtoyer des noirs), donc c’est juste simplement réaliste (contrairement à Girls qui se passe à Brooklyn où on croise quasi pas de noirs *Tousse tousse*).
      Sinon, autre remarque : pourquoi le communautarisme des noirs serait gênant? Quand on diffuse Dawson, Beverly Hills et bien d’autres, personne ne se plaint qu’il reste entre eux…
      Pour ma part, représenter des couples non mixtes n’est pas problématique, ce qui l’est, c’est qu’ils soient quasi tous blanc/blanc (mais là ca ne choque personne…).
      Sinon, vu la remarque d’Ambiome plus bas, je pense qu’il faut des deux, mais j’ai l’impression que l’emphase des films français, ce n’est justement QUE la mixité (ou quand elle n’existe pas, c’est blanc/blanc). Heureusement, regarder des films d’autres horizons permet de décrire « ma » réalité, mais c’est vrai qu’il reste que la mixité est aussi parfois un tabou.

      • Ah non mais j’ai jamais dit que le communautarisme noir posait un problème. De toute façon, faut pas être une lumière pour comprendre que si communautarisme il y a, c’est les blancs qui ont contraints les non-blancs à rester entre eux. C’est ça qui me posait soucis en fait.
        Qu’on représente des couples noirs je trouve ça bien. Et je suis totalement d’accord pour dire que c’est pénible de voir que des couples blancs dans les médias. Juste, je remarquais que j’avais pas perçu les choses de la même manière que toi : moi j’avais l’impression que dès qu’on mettait des noirs dans les médias, fallait surtout pas qu’ils se mélangent aux blancs. Genre en mode « on mélange pas les torchons et les serviettes » et j’avais trouvé ça problématique. Voilà. ^^

        • Oh, je vois, je t’avais pas comprise comme ça ^^…C’est peut être plus vrai dans un contexte américain (avec les films noirs), mais dans le contexte français, j’ai déjà peine à me rappeler un film où il y aurait une romance entre couples non-blanc et non-mixte. Je pense qu’au final, t’as bien raison, y a besoin des 2…

        • Beh, ya Kirikou et la sorcière et la princesse et la grenouille, déjà. Après, dans les films, par contre, aucun me vient à l’esprit. :p

      • J’arrive un peu sur le tard pour commenter, mais bon, tant pis lol ! Un article qui donne à réfléchir, je m’interrogeais aussi sur les médias…au sujet de la Princesse et la Grenouille, re-mauvais exemple, le prince n’est pas noir ! Il vient de “Maldonia” un mélange entre Malte et Macedoine. La v.o lui donne un accent français/italien, la vf un accent portugais, il est donc typé méditerranéen/hispanique, cheveux bruns et lisses peau mate yeux foncés. Quant au méchant, pour essayer de ne facher personne, il est métisse mdrr, peau mate, cheveux lisses mais bien touffus, yeux bleux levres charnues !
        Et c’est là que je comprends que Disney a volontairement fait ce prince “ethniquement non défini” XD, parce que bon, être méditerranéen c’est un peu venir de partout ! Dans la parade à disneyland c’est bien un comédien blanc sur le char qui joue prince naveen…Faire un prince noir aurait été jugé communautaire, le faire blanc aurait été supprémaciste, métisse pas logique…trop polémique, allez hop “in between” !
        Pour Pocahontas, john smith n’est qu’un marin donc bon…cela dit j’ai toujours trouvé cette histoire bizare :S connaissant la vraie.

  6. ça me rappelle un des derniers succès de Pierre Perret, qui par ailleurs n’est pas un mauvais bougre, mais qui chantait : « Mélangez vous, mélangez vous, peut-être qu’un jour ça fera partout la même couleur ».Contreperformance bienveillante : j’ai trouvé cette chanson vraiment révoltante en fait. Je crois que personne n’avait osé lui dire à quel point c’était idiot.

  7. Bonne réflexion , je suis contente ça rejoint mes réflexions du moment parfois sur les relations « mixtes » que j’ai pu avoir! Mais ce qui est drôle , c’est moi femme blanche, comme toi, j’ai beaucoup eu à faire des remarques d’hommes (et de filles aussi) de majorité noire sur mes courbes d’africaines, mon cul d’africaine etc …
    Moi aussi, je pense que la société est encore trop raciste et blanchisée pour que les relations mixtes soient si simples que ça. Pourtant, le fait qu’en tant que femme blanche, j’ai un privilège « blanc » ne suffit pas forcément à contrebalancer le sexisme dont je peux faire l’oppression. J’ai commencé à réfléchir à cette difficulté de la mixité, lorsque mon copain noir a commencé après des violences qu’il m’a fait subir, me reprochait à moi la « sale juive » de pouvoir mettre les flics dans ma poche face à lui immigré haitien. (manière de nier les faits je pense aussi) C’est lui qui a fait le plus preuve de racisme dans notre relation , on pouvait beaucoup s’engueulait à ce sujet, et j’avais l’impression qu’il reportait sa frustration ou sa blessure narcissique sur moi qui portait le poids en plus d’être blanche et française, d’avoir des parents de classe sociale élevée que les siens.

    • Je trouve que la relation Homme noir/Femme blanche peut être assez complexe, comme tu en témoignes. Chacun possède un privilège, et des fois, l’un ou l’autre peut prendre dessus. Néanmoins, dans ta situation, il me semble que l’antisémitisme (en plus de la violence de ton copain O_o) pèse aussi fortement dans la balance, non? Ca me semble justement un autre cas d’intersection des oppressions (sexisme et antisémitisme)…

  8. Je lis ton post avec interêt bien que pas vraiment concernée en tant que « femme blanche ». Il est toujours intéressant d’essayer de comprendre d’autres points de vue… Malgré tout il me semble que c’est justement, toujours une question de point de vue et de subjectivité, de vécu. Et ton vécu tu en parles bien.
    En effet, sur la question des couples de même « couleur de peau » au cinéma, on pourrait aussi se dire que c’est par volonté de ne pas se conformer à un schéma identitaire ou culturel, de montrer la possibilité de rencontre et de diversité, et pas forcément un message de « haine de soi » comme tu le dis.
    Tu dis n’être pas attirée par les hommes « blancs », je ne vois pas le problème. Tu en as parfaitement le droit, les gouts et les couleurs ça ne se discute pas. Moi même je ne suis « spécialement » attirée par les hommes « noirs », pourtant cela ne m’as pas empêchée de sortir avec un métis antillais, mais pour moi il était « ami », « musicien », un mec bien avec qui je pouvais discuter », « un homme capable de respect » avant toute considération de couleur de peau.
    Quand à l’attitude de certains hommes « blancs » dans une relation avec une femme « noire » et aux réflexions qu’il peut faire, je dirai que tout homme capable d’un tel manque de respect et de considération sera tout aussi abject avec les autres femmes, seulement sur d’autres sujets. Un mec bien est un mec bien, quelque soit la couleur de sa peau et il y en a, bien heureusement (bien qu’ils soient difficiles à trouver, je te l’accorde!!!). Et par ailleurs, pour parler franc: un con reste con, qu’il ait en face une femme noire ou blanche.
    Je comprends ta sensibilité même si je ne partage évidemment pas ton vécu, mais il me semble donc que c’est plus un problème de sexisme au quotidien que de racisme. Le racisme n’en est qu’une expression dérivée.
    Loin de moi l’idée de minimiser les violences que celà peut engendrer, cependant.
    C’est bien que tu en parles, peut être que cela peut éveiller quelques consciences.
    Courage, donc, il y a beaucoup à faire pour faire comprendre à ces hommes là que nous ne sommes pas des jolies poupées gonflables à disposition de leur bon plaisir…

    •  » il me semble donc que c’est plus un problème de sexisme au quotidien que de racisme. »

      Et qu’en savez-vous puisque vous avouez vous-même n’être pas touchée (donc pas concernée) par ce qui est décrit ?
      Vous pensez pouvoir dire mieux qu’une Noire où se trouve le racisme dans les propos qu’on lui tient et dans les attitudes que l’on a envers elle ?

      C’est… bizarre comme phrase je trouve.

      • Il me semble aussi que c’est plus une question de sexisme que de racisme. Que le type dise « Tu veux bien aller me chercher une bière, ma Gazelle noire », ou « Tu veux bien aller me chercher une bière, mon Ange blond »… ça ne change rien au problème.

        • Je désapprouve. Comme j’ai essayé de le faire comprendre sur d’autres exemples, le racisme, ce n’est pas dès qu’il est fait mention d’une couleur, c’est surtout la normalisation du blanc d’un point de vue politique. Lorsque que j’entends cette phrase, je note d’abord qu’on me ramène encore à cette imaginaire colonial « femme noire = bête (sexuelle souvent) », et c’est d’abord ça qui m’interpelle, bien plus que le fait d’aller chercher une bière (et ici, un stéréotype aussi sexiste n’a même pas été cité). De plus, « ange blond » ne renvoie pas aussi directement à la race (y a des blanches brunes exclues alors)…

        • ce qui est intéressant c’est de ce demander pourquoi on n’aurait pas vraiment l’idée de dire « mon ange noire » ou « ma gazelle blonde ». Il y a quand même un monde entre l’ange=incarnation de l’esprit, et l’animal (gazelle) qui renvoie à la notion de sauvagerie/betialité

    • Pour te répondre plus longuement Sandra, je trouve ton commentaire assez problématique. Ici, j’essaye d’examiner un risque potentiel, risque systémique. Ce blog est politique et ne s’intéresse pas à dire « Y a des cons partout », ce n’est pas l’enjeu et c’est vouloir être naïf que de réduire l’analyse à ça.
      Le PB de montrer la mixité, c’est quand elle est systématique pour les colorés et non pour les blancs. S’il y avait dans le cinéma FR un peu plus des deux, ça serait pas un problème. Mais il m’est plutôt d’avis que ce n’est pas le cas, et on peut s’interroger à juste titre, comment se fait-ce?
      Je passerais sur l’histoire des goûts et des couleurs, je pense que parfois, ça va un peu plus loin que ça, mais j’en resterais là.
      Un mec bien, ça veut tout et rien dire. Ce qui est bien pour toi ne le sera pas pour moi, et vu que tu es blanche, tu seras bien à mal de déceler le racisme ordinaire pour lequel tu n’es pas ciblée – notamment chez un homme blanc que tu trouveras bien sous tout rapport.
      Ensuite, non le racisme n’est pas dérivé du sexisme, c’est un système d’oppression tout comme le sexisme, avec ses propres mécanismes, et dans mon cas, puisque je suis une femme noire, les deux systèmes se croisent.
      Je t’invite à parcourir l’ensemble du blog et rechercher plus d’infos sur l’intersectionnalité.
      Je pense que tu ne mesures pas ton propre privilège vis à vis du racisme, et c’est pourquoi tu penses que tous les hommes ne me considèrent pas pareillement…Ce n’est pas le cas.

      • D’accord. Pour la mixité à l’écran, je n’avais pas vu ça comme ça et au vu de ta réponse, je comprends mieux la teneur de ton argument initial.
        Pour ce qui est du « racisme dérivé du sexisme », ce n’est pas exactement ce que j’ai dit. Je suis bien consciente que ce sont deux choses bien différentes. Alors excuse-moi de ne pas parler en jargon sociologique, mais ne doute pas de la sincérité de mes interrogations et de ma sympathie en tant que femme qui a, si je ne suis peut être pas consciente de mon « privilège » vis-à-vis du racisme, connu néanmoins d’autres formes de violences.
        Justement, j’essaye de comprendre et je m’interroge.
        Alors merci de porter à on attention des problèmes dont je ne suis pas consciente du fait de ma « condition » de femme blanche qui ne m’y rend pas particulièrement sensible à priori.
        Reste que je doute de trouver « bien sous tout rapport » un homme capable de telles attitudes car j’ai tendance à penser que celà transparaît dans ses rapports avec les femmes en général.

        • Je te laisse te renseigner plus en avant mais je ne peux pas laisser passer ce point bingo : même si en tant que femme, tu subis certaines violences, ce n’est pas la même chose que le racisme. Et beaucoup de gens sont non-intersectionnels: des féministes transphobes, des vegans homophobes, des antiracistes sexistes, et j’en passe. Donc non, un homme antisexiste n’est pas forcément antiraciste (comme d’aileurs un nombre incalculables de féministes blanches nous montrent qu’elles sont racistes), et ne te posera alors peut-être aucun problème.
          Désolée si je m’exprime dans des termes complexes, j’essayerais d’y faire attention.:)

  9.  » voyez-vous souvent de couples romantiques uniquement noirs, arabes dans les films?  »
    OUI, on ne voit que ça. Ca recouvre sans doute une réalité aux USA mais c’est assez rare.

    • Je ne suis pas sûre de comprendre…Ici, je fais plutôt référence au contexte français (où les films sont déjà de prime abord très « blancs », donc quant à voir des couples romantiques non-mixtes, ça me semble encore moins courant). Penses-tu plutôt aux films noirs américains?

      • Ah, dans le contexte Français, oui effectivement ça me semble plutôt rare. Mais pareillement, ne serait ce pas du à une réalité sociale. D’avantage de mixité en France qu’ailleurs. Voir les travaux de Todd là dessus. Pour ma part c’est plutôt une excellente chose.

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