Ignorance ou racisme? Ou quand le premier reflète le second.

Je me retrouve plus souvent à parler de racisme que de sexisme dénué de ce premier, parce qu’il me semble qu’il y a plus de voix pour défendre le féminisme. Beaucoup moins pour défendre l’antiracisme dans une perspective féministe. Donc voici un énième article sur ce thème.

Aujourd’hui, je voulais répondre à l’une des critiques qu’on nous adresse souvent, quand on pointe une attitude raciste.

« Mais ce n’est pas du racisme, c’est juste de l’ignorance » – Personne privilégiée lambda

Il est vrai que beaucoup d’attitude racistes sont de l’ignorance. Là où le bât blesse, c’est que cette ignorance n’en est pas forcément moins raciste. Si on garde à l’esprit qu’ici on s’intéresse aux attitudes stigmatisant et marginalisant les personnes racisées, certaines attitudes ignorantes rentrent tout à fait dans ce cadre là. Comme je sens que je vous perds, je prendrais un exemple bien connu : le cas de l’Afrique vu comme un pays. Je vais raconter une anecdote qui est arrivée à ma petite sœur face à une camarade de classe.

« Hé, je connais une fille qui vient de Kinshasa. » – Camarade

« Kinshasa, Kinshasa…C’est bien au Congo, n’est-ce-pas? » – Sœurette, essayant de se rappeler (aussi quiche en géographie que moi)

« Mais non! C’est en Afrique! » – Camarade

« Mais euh, le Congo, c’est en Afrique, tu sais. L’Afrique, c’est un continent avec plusieurs pays. » – Sœurette incrédule

« Ouais, bon, mais c’est pareil. » – Camarade

« N’importe quoi! La France et l’Allemagne, c’est pareil alors, puisque c’est en Europe. » – Soeurette, un peu énervée

« Ah ben non, c’est ABSOLUMENT pas pareil! » – Camarade

« Ben, c’est pareil en Afrique » – Soeurette

« Mouais, peut être… » – Camarade, dubitative

Je pense que c’est le genre d’anecdote qui illustre mieux le racisme, sous couvert d’ignorance (sachant que je l’ai raccourcie, car la camarade a mis vraiment du temps à comprendre que le Congo est en Afrique). Les anglophones font souvent référence au terme « willful ignorance », qu’on pourrait traduire par ignorance volontaire. Comme vous voyez ici, il ne s’agit pas seulement d’être ignorant sur le sujet de l’Autre (cet autre racial ici). Il s’agit aussi d’insister sur la non-importance de cette ignorance, et de s’accrocher à ses idées préconçues. Sans s’en rendre compte sûrement, inconsciemment, cette camarade se montre raciste en établissant très clairement que ce qui est blanc/occidental est d’importance (« ABSOLUMENT pas pareil »), tandis que le reste ne compte pas ou pas vraiment (« Ouais, bon, mais c’est pareil. »). Il est vrai qu’ici, c’est particulièrement fort de café, car elle reste non convaincue jusqu’au bout (ce qui n’arrive pas toujours heureusement). Mais c’est ce mécanisme souvent qu’on essaye de pointer du doigt souvent quand on parle de suprématie blanche, comment les attitudes trahissent la pensée raciste ou la confirment.

Dans le même genre, ma cousine faisait remarquer aux gens que demander systématiquement à un africain fraîchement arrivé en France s’il avait vu beaucoup de lions/éléphants/girafes, était aussi stupides que si elle leur demandait s’ils voyaient quotidiennement des ours/loups. Quand la personne arrive à voir l’absurdité de telles questions, le racisme est désamorcé et il n’ y a pas de problème. Mais quand celle-ci signe et persiste, elle démontre l’étendue de son racisme inconscient – ce qu’on s’évertue à déconstruire ici.

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20 thoughts on “Ignorance ou racisme? Ou quand le premier reflète le second.

  1. Ping : How I Met Your Mother et le racisme | Au Comptoir de la Pop Culture

  2. Ping : Ucobs (ucobs56) | Pearltrees

  3. L’expression « willful ignorance » est vraiment bien trouvée !
    C’est vraiment se miner soi même que de s’enfermer non seulement dans l’ignorance mais surtout dans le refus d’apprendre en général et d’apprendre de l’autre.
    Dans le cas de cette discussion, ça témoigne effectivement d’une bonne dose de racisme puisqu’il n’y a que des préjugés, pas de volonté d’apprendre, pas de respect. C’est assez sidérant.

    Je ne sais pas si on peut dire que ça rejoint vraiment le sujet, mais j’ai toujours halluciné d’entendre dire des phrases du type (souvent sur les asiatiques je ne sais pas pourquoi) « ils se ressemblent tous, ils ont tous la même tête »… Euh WTF?! Si c’est pas méprisant et déshumanisant ça.
    Je suis peut-être hors sujet mais j’ai l’impression qu’il y a un point commun : le rejet parce « les autres » sont supposés différents de nous (nous=blancs dans cette phrase) et qu’ils ne sont qu’une masse de personnes sans individualités, incompréhensibles….

  4. Ping : Racisme ordinaire | Pearltrees

  5. Ping : Quand le féminisme radical est pronfondément raciste | Ms. DreydFul

  6. Oui, il existe des stéréotypes, c’est comme ça qu’on appréhende le monde avant de le connaitre. Les africains ont des lions et des éléphants, les asiatiques des chapeaux pointus, on échappe à la natte depuis Mao.
    Est-ce du racisme ? On peut dire oui, en ce sens, qu’il y a un a priori lié à l’apparence d’une personne.
    Est-ce un racisme agressif et discriminant ? La victime peut le ressentir ainsi (surtout si ça lui arrive souvent), mais l’auteur n’est pas forcément mal intentionné, les lions et les éléphants ça fait rêver, les africains trimballent avec eux cet imaginaire, comme les anglais leur parapluie. Et vouloir se renseigner, même maladroitement, sur le pays d’origine d’une personne étrangère (pour une fois qu’on en tient un témoin direct) ça peut-être considéré comme un signe d’ouverture d’esprit.
    « Est-ce que tu as déjà vu des lions en vrai ? »
    Je dirais que l’attitude de l’auteur peut être considérée comme raciste s’il refuse de chercher plus loin que le stéréotype, s’il refuse d’individualiser la personne, de lui accorder une histoire personnelle, et d’écouter qu’en Afrique il y a des villes de plusieurs millions d’habitants ou de considérer cette information comme utile à sa compréhension du monde.

    Le problème se pose avec plus d’acuité quand la personne racisée est indigène depuis des générations, et n’a vu de lions et de chapeaux pointus qu’à la télé, comme tout le monde.
    Il y a alors un hiatus entre l’imaginaire qui lui est appliqué de prime abord sur la base de son apparence, et sa réalité d’autochtone.
    « – Tu viens d’où ?
    – De Brest.
    – Oui mais d’où vraiment ?
    – Ben de Brest ! »
    Tout ça parce qu’on imagine les bretons avec des chapeaux ronds, eux, il y a aussi un stéréotype du breton.
    Et ce n’est qu’un aspect de ce problème là. Il y en a un autre.
    Ainsi, il est certainement particulièrement agaçant d’être soupçonner d’aimer le rap ou la biguine parce qu’on est noir, alors qu’on est fan de Justin Bieber, car c’est pas non plus parce qu’on est noir qu’on a forcément bon goût en musique, ni parce qu’on est breton qu’on sait jouer du biniou. On peut parfaitement considérer ce soupçon comme une attitude raciste, c’en est une. Même si elle n’est pas forcément agressive, elle peut être ressentie comme une agression. Y voir un symptôme d’un syndrome de suprématisme blanc, je reste sceptique.

    Je dirais que pour résoudre ce type particulier de racisme ordinaire, qui tient de la paresse intellectuelle plus que d’une revendication politique identitaire fondamentalement raciste agressive, une solution réside dans l’éducation, le dialogue, le partage, l’échange, au-delà des susceptibilités, dans le respect des uns et des autres. Se comporter en être humains attentifs aux autres quels qu’ils soient devrait suffire.

    • Tu reprends ce que je dis ici, dans ton premier paragraphe ^^ : le racisme émerge surtout du refus de remettre en question sa réalité.
      J’y vois un relent de suprématie blanche, pourquoi? Parce que refuser de voir une compréhension du monde autre qu’occidentale, c’est exactement ça.
      Pour la personne suprématiste, le monde est « blanc », donc le reste n’est pas significatif, c’est tout à fait l’idée.
      De plus, j’ai aussi l’impression (mais j’avoue que ce n’est que ma conviction personnelle) qu’ils se trouvent plus de personnes blanches pour refuser l’information des racisés que celle venant des blancs.
      Comme disait Enraje, on peut poser des questions sur des lieux qu’on ne connait pas aussi à des blancs, mais j’ai l’impression qu’on niera beaucoup moins facilement leur réalité, leur individualité, leur histoire…
      Et c’est là le problème en fait, ce fait d’argumenter, de refuser plus, une fois confronté à un racisé (et pas autant face à un blanc), n’est-ce-pas finalement le considérer inférieur? Lui refuser la même agence?
      Et c’est cette attitude surtout que je voulais mettre en lumière devant la simple ignorance qu’on capture d’abord.

      Là, ce n’est que mon opinion, mais il me semble plus grave en fait, de nier l’autre que de lui appliquer des stéréotypes (quand bien même ils sont issus de l’imaginaire raciste). En résumé, je préfère quelqu’un qui fera le présupposé que j’aime le poulet, quitte à rougir quand je lui ferais remarquer que c’est un stéréotype et qui oubliera sa conception erronée du moment, que quelqu’un ne le faisant pas, mais refusant de m’écouter, m’accordant moins de crédit inconsciemment, parce que ma réalité n’est pas tout aussi importante.
      Bon, ici le 1er example était un combo des deux ^^

      • Là où je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout d’accord avec toi, c’est quand tu suggères « compréhension occidentale du monde = blanc ». Et avec toutes les précautions d’usage, je dirais que c’est pour moi une façon de voir fondamentalement raciste. La compréhension occidentale du monde est partagée par des gens de toutes couleurs elle n’est *pas du tout* une exclusivité ni une chasse gardée des blancs.
        Plus ça va, plus il me semble que cette partition blancs/non-blancs est complètement absurde.
        Parlons de suprématisme occidental et je serai d’accord. Mais à ce suprématisme, tout le monde est convié (forcément :-), c’est même j’ai l’impression, tout le sens de ce qu’on appelle la « mondialisation ». Et que l’occident soit agressif, impérialiste, capitaliste et suprématiste, j’en suis parfaitement d’accord. Mais l’occident, n’est pas que blanc, ça c’est une idée de… raciste.

        • C’est justement exactement ce que je dis : « compréhension occidentale du monde = blanc » (concept de white optics, si tu veux plus d’informations). Mais tu mécomprends totalement cette lecture qui n’a rien de raciste. Quand on dit que l’Occident est blanc, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a que des blancs en Occident (ce qui est faux évidemment).
          Il s’agit de souligner que cette compréhension du monde a le travers de mettre en avant des acteurs qui sont blancs, tandis que les autres sont totalement marginalisés (voire diabolisés) – et justement bien qu’elle soit partagée par des blancs mais aussi des racisés. Ici, blanc n’est qu’un marqueur de à qui ça profite. Et c’est justement là que le racisme s’opère (et non quand on exprime ce fait en parlant de suprématisme blanc) : en occident, racisés et blancs absorbent cette même conception du monde, et ils en découlent inconsciemment un sentiment d’infériorité chez les racisés mais aussi de supériorité chez les blancs.
          C’est là le vrai racisme : reconnaissance du blanc en tant que meilleur intrinsèquement (et non discrimination – et d’ailleurs une discrimination n’est pas forcément injuste – sur la couleur de peau).
          C’est d’ailleurs comme ça qu’en supposant cette conception universelle et la relayant, on en arrive à avoir des pays où sans que les blancs soient majoritaires, les noirs persistent dans un complexe d’infériorité (pour bien montrer qu’il ne s’agit pas juste d’une question de majorité numérique).

          Certains racisés arrivent à développer/reconnaître en parallèle une réalité non-blanche qui rentre en conflit avec une pensée seulement occidentale (là se situe le mal-être qui peut donner lieu à une prise de conscience). Mais la plupart des blancs n’ont que cette grille de lecture qu’ils identifient comme la norme, et surtout la seule valable.

          C’est pourquoi le dialogue sur le racisme est souvent un dialogue de sourds : les blancs en tant que dominants ne comprennent que le problème au niveau individuel (et superficiel) en assimilant le racisme à la simple discrimination sur une couleur de peau (quand bien même celle-ci n’est pas injuste!) tandis que beaucoup de racisés le voient en enjeu global et systémique (une seule version de l’Histoire, de la réalité, transmise, qui met de côté ceux qui ne s’y reconnaissent pas – et qui amènent certains à dire que d’autres ne sont pas assez rentrés dans l’Histoire *Je digresse*).

          PS: J’insiste encore sur ce point, car beaucoup de blancs font la même chose : évoquer une couleur de peau ne rend pas nécessairement le propos raciste. Singulariser injustement l’autre, lui refuser une humanité sur ce critère l’est.

        • Cette conversation me rappel cet article sur les Brésiliens et leurs perceptions très imprégné d’une vision du monde très « occidentale » (blanc).

          Citations de l’article en question:

          « Fatima Tardelli, qui blogue avec Bule Voador, soutient que les modèles de beauté du Brésil se fondent exclusivement sur des motifs blancs (c.-à peau claire, yeux bleus, les cheveux raides) un signe clair dangereusement ignorés par la société, qu’il ya une perception hiérarchique de course au Brésil. »

          « En d’autres termes, pour notre société il est inacceptable de voir une personne de race blanche avec un aspect européen vivant dans l’itinérance et la misère. Pour nous, les Blancs méritent plus que cela, alors qu’une personne noire sans-abri mendiant pour de l’argent et de la dignité est considéré comme quelque chose de normal. C’est déjà la tradition. »

          http://globalvoicesonline.org/2012/10/31/brazil-beggar-model-racism/

  7. Trop de réflexion tue la réflexion

    Qu’y a-t-il de dramatique de ne pas savoir que le Congo est en Afrique ?
    Combien d’américains ne situent pas la France en Europe ?
    Sont-ils pour autant ignorants ou racistes ?
    Qui peut me situer Sakhaline ou Maine sur le globe ?
    Est-ce pour autant que vous êtes raciste envers les personnes habitants ces endroits ?
    Voudriez-vous dire par là, si l’on va au bout de vos pensées, que seuls les ignares sont racistes au contraire des personnes cultivés ?
    Ne serait-ce pas raciste ce que vous dites ?

    • Je vais vous répondre, malgré votre ton agressif…
      Vous êtes hors-sujet au niveau de ce texte. Le sujet n’est pas l’ignorance en soi, relisez. C’est comment maintenir celle-ci est parfois un acte raciste. Il ne s’agit pas d’être simplement ignorant (ce que tout le monde peut être à un moment donné), mais surtout de refuser d’écouter, parce qu’on décide inconsciemment ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas.
      Vous n’avez pas compris mon propos, je vous invite encore une fois à relire, avec calme, avant de traiter une féministe noire de raciste. 🙂

      • Je ne me voulais pas agressive, désolée si cela à été pris comme tel.
        Déjà, dans votre réponse, vous m’informez être une féministe noire, ce qui voudrait laisser à penser que sur le sujet, vous êtes plus dans la vérité que moi, cela vous donne du poids, selon vous.
        Vous vous appropriez le droit à avoir la connaissance, le vécu.
        C’est mon ressenti, excusez ma franchise.
        Une femme noire ne peut être raciste.
        Vous exposez votre couleur de peau, ce qui pour moi, n’est pas nécessaire.
        Nous sommes avant tout des humains qui échangeons des idées pour avancer.
        L’échange entre votre petite sœur et sa camarade n’a rien de raciste selon moi.
        C’est juste ce que j’ai voulu souligner.

        • Je ne sais pas si vous êtes féministe, mais si vous l’êtes, vous devez déjà savoir qu’en effet, la place d’où on parle compte.
          Et qu’en général, celui qui est dominant est aveugle au vécu des dominés. C’est un fait et non une appropriation de je-ne-sais-quoi.
          Donc en effet, dans ce genre de situation, mon avis a des chances d’être un peu + informé que vous (comme quelqu’un qui a déjà vécu 10 ans dans un pays pendant que l’autre en a entendu parler quelquefois). Vous ne verrez pas le racisme, car vous êtes comme de l’autre côté du miroir, prête à croire que l’on exagère les situations. Avant de commenter plus en avant, vous devriez lire les 1ers posts de la catégorie « Racisme » (notamment le bingo antiraciste) qui vous expliqueront mieux en quoi votre raisonnement est selon moi, erroné (je n’ai pas le loisir d’ignorer ma couleur comme vous).
          Je pense que l’échange sous-tendait que trop bien un racisme inconscient, et vous passez totalement à côté du sujet dans votre 1er commentaire (Arguments HS : J’ai que trop expliqué en quoi l’ignorance n’était pas le réel problème ici), c’est votre position privilégiée qui vous permet d’y être aveugle.

  8. Ça me fait aussi penser, en inversé, à ce qui a été écrit sur le fait que les personnes opprimé.e.s (racisé.e.s, réifié.e.s, etc…) sont obligé-e-s d’acquérir le savoir du fonctionnement des dominant.e.s, de s’adapter à elleux, mais peuvent aussi avoir des modes de connaissance différents.
    Il y a des féministes qui ont pointé ce surplus de savoir que ça peut procurer: je viens de retrouver cette phrase de Hill Collins: « Dans un contexte d’oppression raciale, sexuelle et sociale, les dominants s’en sortent avec un savoir dépourvu de sagesse, mais cette dernière est nécessaire à la survie des dominés »
    Après, j’ai aussi l’impression, comme tu le montres, que bien souvent, les dominant.e.s s’en sortent aussi sans rien savoir du tout ou si peu (normal, c’est jamais elleux qui sont l »objet’ du savoir, on a donc pas le besoin vital de le déconstruire, et on attend d’avoir quelqu’un.e qui mâche le boulot à notre place), mais je trouve que ce qu’elle dit est aussi vrai.

    • Je n’ai pas lu Hill Collins. Dans quel contexte cette phrase se situe (si tu t’en rappelles)? Sinon, je rejoins tout à fait le présupposé que tu expliques : les racisé-e-s ont souvent un « surplus » de connaissances, du au fait qu’ils doivent connaître à minima la norme dominante pour s’en sortir. Mais à t’entendre, on dirait que ça s’opposerait au fait décrit ici, alors que je vois ça comme les 2 faces d’une même pièce plutôt.

  9. C’est très intéressant le concept de “willful ignorance”; on le sent assez rapidement dans les réactions de nombreuses personnes face à une oppression analysée et dénoncée, mais il me manquait ces mots-là.

    Je trouve aussi saisissant ce que tu dis sur les valeurs portées par le fait de considérer certaines ignorances comme «pas grave», certains sujets comme ne comptant pas. Je ne m’étais pas rendu compte de la violence potentielle du truc. :/

    Il y a deux réflexions qui me viennent sur la fonction et le fonctionnement l’argument «c’est juste de l’ignorance». Je vais essayer de les partager sans trop dire de bêtises. (Note que je parle de l’argument «c’est juste de l’ignorance» pas spécifiquement en relation avec le racisme, je parle donc plus de rhétorique et de sensibilisation aux oppressions en général. En espérant ne pas trop «pirater» ce billet qui est plus spécifique.)

    La première chose, c’est que l’argument «c’est juste de l’ignorance» est très proche d’un autre que l’on retrouve souvent: «laisse tomber, c’est juste un connard». Les deux semblent assez différents: dans un cas on excuse les personnes et les paroles critiquées, et dans le deuxième cas on les enfonce. Sauf qu’en fait on obtient le même effet: dire que tout va bien (l’ignorance se corrige magiquement, la méchanceté est toujours remarquablement isolée…), circulez rien à voir. Dans les deux cas il s’agit, il me semble, de réfuter toute idée d’un problème systémique (on ne vit pas dans une culture raciste, sexiste, etc.; il n’y a que des cas isolés d’ignorance et de méchanceté), et de réfuter l’idée de privilège (vu que ce sont des non-problèmes isolés, tu vois).

    La deuxième chose, c’est que par «ignorance» on entend un état de non-savoir, un état neutre et sans cause. Or il me semble que cet état n’existe pas. Une personne qui croit à une conception (représentation mentale) raciste a toujours appris cette conception. Elle ignore que cette conception est fausse, peut-être, mais elle n’est pas dans un état d’ignorance totale sur ce sujet. L’exemple que tu donnes le montre très bien, avec la camarade qui refuse d’apprendre que «l’Afrique, c’est un continent avec plusieurs pays» parce qu’elle a déjà appris une conception de l’Afrique comme culturellement homogène. Et je crois que le mot «ignorance» permet de camoufler ces premiers apprentissages, de ne pas avoir à les identifier et examiner.

    (On dira peut-être que je joue sur les mots, et que par «ignorance» on parle simplement du fait que la personne ignore se tromper, mais je n’y crois pas: si c’était le cas, si par «ignorance» on ne voulait pas parler pas d’un état neutre et *sans cause*, on ne serait pas en mesure de dire «c’est *juste* de l’ignorance». On ne pourrait que dire «c’est une ignorance, une erreur due à…», et on devrait s’interroger sur les causes de cette erreur: éducation, milieu, école, médias, culture.)

  10. Article qui pointe bien le racisme ordinaire, et au delà d’ignorance, je parlerais de préjugés. Ce qui n’est pas tout à fait pareil.
    En revanche, ne penses tu pas que si beaucoup de préjugés sont racistes, le dernier exemple est d’avantage une vision un peu fantasmée du continent Africain au delà de racisme pur. On pourrait bien sur interpréter la chose comme tu es Africain tu vis plus près de la nature mais je pense ici que c’est d’avantage à l’image de l’Afrique que ça renvoie.
    Un peu comme on pourrait dire à un australien bien blanc : Tu voies souvent des kangourous et des koalas? Ou un parisien, tu vas souvent au Louvres et à la Tour Eiffel? D’avantage lié au lieu qu’à ses habitants.

    • Oui, on peut parler de préjugés en effet dans les exemples que je prends.
      Mais justement cette vision fantasmée est en plein dans l’imaginaire raciste, et quand on persiste à la rêver, je vois pas trop comment on peut échapper à la vision raciste qu’on confirme alors.
      En fait, c’est la persistance dans l’ignorance qui rend ici l’attitude raciste (en plus du préjugé).
      Après, je suis d’accord avec toi qu’il y a souvent des préjugés sur les lieux qu’on méconnait, même si comme je le pointe ici, la différence se situera dans le côté volontaire de l’ignorance et « j’enforce-tout-de-même-ma-fausse-vérité ».
      Je sais pas si on pourrait insister autant auprès d’un Australien ou d’un Parisien blancs, sur les questions que tu proposes après un « non » de leur part ( je ne pense pas, mais ça reste une question ouverte :))…

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