PFR : Swag Feminism

Vous allez me dire que c’est la mode du moment, mais je vais de nouveau introduire une autre catégorie d’articles dont le but, et d’essayer d’amener d’autres femmes racisées à parler…

PFR, pour Paroles de Femmes Racisées, a vocation à donner un portrait plus global sur les rapports qu’entretiennent les femmes racisées avec le féminisme et les oppressions qu’elles peuvent endurer en tant que femmes racisées.

Vous voulez contribuer? *Pleaaaase* N’hésitez pas! Mentionnez PFR dans votre mail de contact, et je vous dirais (à peu près) quoi faire – bien que vous soyez assez libre dans votre parole au final…

Voilà. Je vous laisse avec ce premier portrait, une twitta que vous connaissez peut-être déjà. Once again, « l’heure de nous-mêmes a sonné »…

Présentation : @the_economiss!

Au début je voulais faire une présentation super philosophique et profonde, mais finalement je vais me contenter de ça :

Sur internet, je suis @The_Economiss, j’ai 23 ans et je suis étudiante en école de commerce. J’aime ne rien faire, et quand j’en ai marre de rien faire, je vais faire du sport, je vois des amis, rien d’excitant. Je suis française, je suis née à Paris, et j’y ai toujours vécu, mais je vous vois venir avec vos questions, donc je précise que je suis d’origine camerounaise.

Le féminisme selon moi

Comme beaucoup de gens, j’ai eu du mal à mettre une définition à côté du mot féminisme. Souvent, on répète ce que les autres disent : « les féministes veulent rester entre femmes » (mauvaise définition), « les féministes veulent être supérieures aux hommes » (mauvaise définition)…

Pour moi, le féminisme, c’est être libre. Parce que je n’ai pas l’impression d’être libre. Et même si on essaye de me dire que c’est faux, mon ressenti est justifié. Je ne pense pas que cela soit nécessaire d’expliquer le pourquoi du comment, puisqu’il est évident. Vous savez pourquoi je ne pense pas être libre, ne vous voilez pas la face, s’il vous plaît.

Etre féministe pour moi, c’est vouloir, et se donner les moyens d’être libre de penser comme on veut, de se comporter comme on veut, de s’habiller comme on veut, de parler à qui on veut, d’exercer le métier que l’on veut…

Mais ma définition est trop longue, donc je me limite « à être féministe pour moi, c’est vouloir et se donner les moyens d’être libre ». Evidemment sans nuire à autrui.

Du coup, je pense que le féminisme n’est pas qu’une affaire de femmes comme certains s’amusent à le dire. Le féminisme concerne tout le monde.

Ma définition peut être incomplète ou mal formulée. Mais c’est comme ça que je la vois. Il faut dire que je ne lis pas beaucoup de texte sur le féminisme, j’ai donc beaucoup de lacunes : je ne connais aucun courant féministe par exemple. C’est pour ça que je dis toujours que mon courant à moi, c’est le Swag Feminism.

La féministe que je suis? Swag Feminist!

Parce que moi, je me considère évidement comme étant féministe, il n’y a pas photo! Bien sûr, je n’ai pas toujours dis ça. Avant, j’étais hyper sexiste, puis ensuite j’ai commencé à me poser des questions « pourquoi est ce que je ne peux pas faire ça ? », « pourquoi est ce qu’on ne dit ça qu’à moi ? ». C’est là que je suis devenue féministe, mais je faisais partie des gens qui disaient « je ne suis pas féministe mais [insérer remarque féministe] ».

C’est dommage de dire ça, les gens ont une image tellement mauvaise du féminisme qu’ils préfèrent s’en écarter. C’est d’ailleurs pour ça que je parle de Swag Feminism, parce que pour moi, être féministe, ce n’est pas honteux, c’est hyper cool et les féministes sont des gens stylés (mais pas tous, faut pas déconner non plus).

Le racisme et le sexisme dans ma vie personnelle…

Je sais plus si je l’ai précisé en début d’article, mais je suis noire. Donc aux problèmes de sexisme que je vis au quotidien s’ajoute aussi le racisme. J’ai un sac plein d’anecdotes, et j’en raconte quand ça me passe par la tête à qui veut bien l’entendre.

Évidemment, il y en a qui m’ont plus marqué que d’autres. Quand j’avais 16 ans j’ai eu un petit ami (très) violant*, ça m’a bouleversée et j’en porte encore les cicatrices.

De plus, ayant grandi en France j’ai connu le racisme très tôt. Je me souviens qu’à l’école, je ne sais plus en quelle classe, on m’appelait Mme Caca par rapport à ma peau, et que les adultes ne faisaient rien pour que ça s’arrête, malgré mes plaintes.

La fameuse question de l’intersectionnalité

En tant que femme, les gens sexistes te voient d’une certaines façon : faible, douce, sexy, moins intelligente qu’eux, etc.

En tant que noir, les gens racistes te voient comme étant pauvre, agressif, mauvais, moins intelligent, sauvage, etc.

Sauf que tu peux mélanger les deux du coup! En tant que femme noire, les gens sexistes et racistes  m’imaginent comme étant faible et agressive, douce et violente, pas très intelligente dans tous les cas, avec un amour sans fin pour le sexe. Puis tu es la cible de fantasmes bizarres à base d’exotisme emprunt de peaux de bête, de fesses rebondies, de sexe sauvage et animalier. Tu n’es pas une femme normale, tu es différente, tu es bizarre.

On ne te fait pas seulement chier parce que tu es une femme, ou parce que tu es noir, on te fait chier parfois, parce que tu es les deux. Ta présence est constamment remise en question, quelque soit l’endroit où tu vas, on te fait un peu comprendre que tu n’es pas à ta place en cours, en entreprise, dans la rue, etc.

Un jour, je faisais un pique nique avec des amies, et on avait le malheur de manger des bananes. Des mecs sont venus nous emmerder, ils nous trouvaient mignonnes, ils voulaient rester avec nous, et puis comme on avait des bananes, ils se sont mis à mimer des fellations, en nous demandant si on ne voulait pas faire la même chose sur leur bite. Quand on leur a demandé de partir, ils ont focalisé leur attaque sur une personne: moi. J’étais la seule noire, et ils trouvaient ça hilarant que j’ose manger une banane en public, ils me traitaient de singe, de macaque, mais ça ne leur a pas suffit. Du coup, ils ont préféré dire que j’étais un macaque suceur de bite… Je me suis sentie doublement agressée. Mais du côté de mes amies, ce qui c’était passé était juste du sexisme. Pas les deux.

Quand tu es victime d’une double oppression (voire même triple et quadruple, etc.), les gens, s’ils ne nient pas les deux, préfèrent toujours se focaliser sur une seule. Ainsi, en tant que femme noire, on dit soit que je suis victime de racisme, soit de sexisme, mais pas des deux. On me demande si je ne devrais pas me focaliser par exemple, sur la lutte contre le racisme et laisser tomber le féminisme. On nie le fait que tu puisses être doublement attaquée. Pourtant, c’est le cas.

Comment je résous tout ça…

Du coup, j’ai cherché des gens qui comprenaient ce que je vivais, à qui je pouvais parler des deux, sans que l’on m’envoie balader. J’ai beaucoup appris et j’ai pu mettre des mots sur ce que je vivais, les tears, la willful ignorance, le splaining, etc. J’ai vu que je n’étais pas folle et ça m’a fait un peu de bien, même si mon sac à anecdotes se remplit, jour après jour.

Je pourrais vous faire une liste de gens à lire absolument. Il y a évidement Ms Dreydful, dont je suis la number one fan, mais la liste est longue, tout comme cet article – que je vais d’ailleurs arrêter là.

*Non, ce n’est pas une erreur, c’est bien « violant » et non, « violent »

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4 thoughts on “PFR : Swag Feminism

  1. es-ce le cas dans le seul cadre français mais plutôt dans le fait minoritaire? A voir. Ceci dit ton histoire me rappelle un souvenir humiliant où à l’internat, en revenant d’Afrique où j’avais vécu quelques années, je ne pouvais manger de banane à la cantine sans m’attirer de cris de singe. Présicion: je suis un mâle blanc. Ils avaient juste projeté sur moi des clichés que toi tu subis vraiment au quotidien.

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