Féminisme dans mon hiphop : Missy Eliott & Lil Kim

Faire ce genre d’articles n’est pas mon fort: il est en effet assez difficile, bien qu’intéressant, de parler de la portée des médias que nous consommons et de comment ils nous façonnent politiquement. Néanmoins, aujourd’hui j’avais envie de vous parler de ces deux icônes du hip hop qui se trouvent être femme noire, que sont Missy Elliott et Lil Kim. Deux modèles qu’on pourrait voir opposés mais qui ont de nombreux points communs.

Pour ceux qui me suivent sur Twitter, ça fait un petit moment que je vous bassine avec ma playlist du soir composée de hiphop et RnB féminin en majorité. Le fait que j’aborde ce sujet ne vous étonnera donc pas. Je vous préviens que cet article sera une RVNI (Réflexion Vivifiante Non Identifiée :p). Pas de sources, (presque) pas de tournures alambiquées, et beaucoup de plaisir des oreilles *du moins pour moi XD* Breffons.

Une fan depuis l’enfance

Ma rencontre musicale avec Missy Elliott (et le hiphop féminin en général) s’est faite très tôt, vers mes 7-8 ans. C’était une de mes cousines plus âgées (vivant chez nous à l’époque) qui l’écoutait en boucle (au grand désarroi de mes parents!) avec les TLC et les Destiny’s Child évidemment. Mais concentrons nous sur Missy Elliott. Les premiers tubes que j’ai eu à écouter étaient « She’s A Bitch » et « Sock It To Me » en featuring avec Da Brat (pointure Hiphop aussi à cette époque). Je voyais aussi les clips que ma cousine avait enregistré sur une vieille cassette VHS *Rappelez-vous, cette bonne vieille technologie!* et j’adorais l’univers particulier de Missy Elliott, très galactique et edgy dans ces 2 clips. Quant à la musique, les intonations jazzy de « She’s A Bitch » et l’air conquistador de « Sock It To Me » ne me lassaient jamais. Je pouvais écouter ces deux tubes en boucle!

Je n’ai écouté que Lil Kim plus tard, l’ayant découverte réellement que grâce à la reprise de « Lady Marmelade » avec Christina Aguilera, Pink et Mya. Toujours grâce à ma cousine, j’ai pu écouter les tubes de l’album The Notorious K.I.M que sont « No Matter What They Say » et « How Many Licks? » en featuring avec Sisqo (un énième chanteur de pornnB…Oui, oui, je les appelle comme ça avec Ginuwine & co). J’aimais son flow, son rap qui ne différait en rien à celui d’un bonhomme, contrastant sa supra-sexy attitude. Je précise qu’à l’époque, je ne comprenais évidemment rien des paroles des chansons de ces deux artistes *Innocente enfant que j’étais*

Des apparences aux antipodes l’une de l’autre, mais un même discours sexe-positif

Ce qui m’attirait d’abord chez ces deux chanteuses (en plus de leur musique entrainante) étaient leurs apparences physiques parfaitement opposées. D’un côté, on a  Missy Elliott grosse qui n’hésite pas à afficher un crâne nu (parce que c’est cool), des tenues originales, colorées, décalées mais couvrantes. De l’autre, on ne présente plus Queen Bee aka Lil Kim, la Black Barbie aux tenues plus provocantes les unes que les autres et cheveux multicolores. Personnellement, leurs deux styles vestimentaires m’ont beaucoup inspiré plus jeunes (Et là j’imagine vos tronches, de vous m’imaginant porter un mix entre les deux XD). J’ai été fascinée par les baskets et casquettes : j’avais une collection assez impressionnante de ces dernières (Nike pour la plupart), mais je n’hésitais pas non plus à mettre les mini-jupes les plus courtes qui soit, ou aux fentes très très hautes (jupes qui m’ont valu quelques « recadrages » chez la CPE…En vain). Même si je rougirais aujourd’hui de certaines associations vestimentaires terribles que j’ai pu faire, ce fut une influence assez positive, parce que je n’avais pas honte d’affirmer mon style et mon originalité, imperméable aux moqueries. Ce fut une incitation à explorer ce que j’aimais porter, avec un certain mépris des codes in/out.

Mais Missy et Lil Kim, ce n’est pas qu’un style vestimentaire bien particulier, c’est aussi étonnement des paroles très sexe-positif. Férue d’anglais, j’appris bien vite à déchiffrer les paroles Explicit Content de ces deux artistes :p Et je vous laisse juger de quelques extraits (Comme je l’ai signalé, Explicit Content!) :

« I’d like to get to know ya so I could show ya/Put the pussy on ya like I told ya/Give me all your numbers so I can phone ya/Your girl acting stank, then call me ova/Not on the bed, lay me on your sofa/Call before you come, I need to shave my chocha/You do or you don’t or you will or won’t you/Go downtown and eat it like a vulture/See my hips and my tips, don’t ya/See my ass and my lips, don’t ya/Lost a few pounds and my waist for ya/This the kinda beat that go ra-ta-ta/Ra-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta/Sex me so good I say blah-blah-blah/Work it, I need a glass of water/Boy oh boy, it’s good to know ya » – Missy Elliott, Work It

« J’aimerais te connaitre comme ça je te montrerais/Mettre ma chatte sur toi comme je te l’ai dit/Donne-moi tes numéros que je t’appelle/Ta copine agit comme une pute, appelle-moi/Pas sur le lit, allonge-moi sur le canapé/Appelle avant de venir, je dois raser mon minou/Tu le fais ou pas ou tu le feras ou pas/Aller tout en bas et le manger comme un rapace/Regarde mes hanches et mes trucs, n’est-ce-pas/Regarde mon cul et mes lèvres n’est-ce-pas/Perdu quelques kilos et ma taille pour toi/C’est le genre de beat qui est ra-ta-ta/Ra-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta/Prends-moi si bien que je dise blah-blah-blah/Quel « travail », j’ai besoin d’un verre d’eau/Mec, oh mec, c’est BON de te connaître » [Traduction à la volée, hautement perfectible!]

« Dan my nigga from Down South/Used to like me to spank him and cum in his mouth/And Tony he was Italian (Uh-huh)/And he didn’t give a fuck (Uh-huh)/That’s what I liked about him/He ate my pussy from dark till the mornin/Called his girl up and told her we was bonin/Puerto Rican papi, used to be a Deacon/But now he be sucking me off on the weekend/And this black dude I called King Kong/He had a big ass dick and a hurricane tongue » – Lil Kim, How Many Licks?

« Dan mon négro venant du Sud profond/Aimait quand je le fessais et éjaculais dans sa bouche/Et Tony il était italien (Uh-huh)/Et il s’en foutait (Uh-huh)/C’est ce que j’aimais chez lui/Il bouffait ma chatte du soir au matin/Appelait sa meuf et lui disait qu’on baisait/Papi de Puerto Rico, autrefois un diacre/Mais maintenant il me suce le weekend/Et ce mec noir que j’appelais King Kong/Il a une putain de grosse bite et une langue donnant le frisson d’une tornade« [Traduction à la volée, encore hautement perfectible!]

Au delà de l’aspect très cliché (et très cru) de ces paroles, on peut voir que Lil Kim et Missy Elliott sont des femmes qui osent parler de sexe, de ce qu’elles aiment, de ce qu’elles veulent dans ce domaine. Je trouve que reprendre à leur compte une sexualité affirmée est leur manière commune de réaffirmer la maîtrise sur leur sexualité, au delà du stéréotype de Jezebel faisant de la femme noire une femme hyper-sexuelle et vulgaire, forcément un peu prostituée. Elles ne sont pas juste des objets en demande de sexe, non elles imposent le tempo et les conditions de leur vie sexuelle. C’est finalement un message plutôt positif encore une fois, un encouragement aux femmes noires à se saisir de leur sexualité.

Des références du Hip-Hop, malgré quelques controverses

Dans ce genre musical trop souvent fustigé pour son apparent sexisme qui serait plus exacerbé qu’ailleurs (croyance raciste de mes 2), il faut rappeler que ces deux modèles d’empowerment féminins y excellent. Missy Elliott, c’est 6 albums, de nombreuses récompenses des BET Awards aux Grammys, ainsi que des vidéos hiphop récompensées et uniques comme « Get Ur Freak On » et « Loose Control ». Quant à Notorious Kim (un de surnoms de cette rappeuse de petite taille issue de Brooklyn), elle a aussi 3 albums platinium (soit + d’un million d’albums vendus chacun) comme Missy, entre autres récompenses, ainsi qu’un titre bien reconnu de « Queen Of Hiphop » (même s’il parait que Nicki Minaj a récupéré la couronne…Hmm non). Il est indiscutable chez les fans de Hiphop que ces deux femmes sont des références en tant que chanteuse et rappeuse, ce qui donne des modèles vers qui se tourner pour toute femme se lançant dans ce genre musical.

Néanmoins, on ne peut aborder Lil Kim sans parler beefs. Si Missy Elliott ne connaît aucune beef publique à ma connaissance, et a plutôt tendance à encourager les regroupements féminins (que ce soit du plus ancien tube « Ladies Night » avec d’ailleurs Lil Kim, mais aussi Feue Left Eyes & Da Brat, à ses diverses collaborations « entre filles » avec Eve, Tweet, Ciara, Pussycat Dolls & dernièrement le girl’s band Little Mix), on ne peut en dire de même de Lil Kim. Presque chaque femme noire qui est rentrée dans le rap-game a eu sa beef avec Lil Kim : Foxy Brown, Remy Ma (Qui? Si, si, cherchez), et bien sûr Nicki Minaj. Bon j’exagère, ça ne fait pas des masses non plus (surtout maintenant que nous avons Azealia Banks qui a des beefs avec…tout le monde!). Il n’empêche qu’il y a toujours cette trace sur Lil Kim, contre laquelle le stéréotype Sapphire aka « The Angry Black Woman » joue. Lil Kim (et les femmes dans le Hiphop en général) ne peut avoir de beef sans être une « salope vindicative », tandis que The Game et 50 Cent pouvaient s’étriper musicalement tranquillement, sans qu’on qualifie ça de combat de chattes. Malgré mon refus de se laisser définir par les stéréotypes, *donc fais ce que tu as à faire, Kim* je trouve la démarche de Missy plus positive et plus à même de construire le Hiphop féminin de demain. Il y a aujourd’hui encore trop peu d’exposition des femmes noires qui rappent pour encourager le jeu des beefs.

En conclusion…

Lil Kim & Missy Elliott restent mes rappeuses préférées avec un message d’empowerment puissant : je peux réécouter leurs albums en boucle sans me lasser, ainsi que revoir leurs clips. Leurs univers semblent juste indémodables, et la scène actuelle semble reculer par rapport à ce que ces deux-là ont produit (même si Angel Haze et Azealia Banks font de très bons trucs). En ce moment, chacune d’elles jouent les mécènes en lançant « leur » artiste : Tiffany Foxx pour Lil Kim, et Sharaya J pour Missy Elliott.

Je n’accroche pas du tout à Tiffany Foxx : assez insipide à mon goût et terriblement banal. Seule la vidéo « Jay-Z » que je vous laisse plus bas me semble ok, sans plus. Par contre véritable crush pour Sharaya J (patte Missy 100% identifiable!), que je vous laisse découvrir -si ce n’est déjà fait- avec le titre « Smash Up The Place ».

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6 thoughts on “Féminisme dans mon hiphop : Missy Eliott & Lil Kim

  1. Ping : How I Met Your Mother et le sexisme | Au Comptoir de la Pop Culture

  2. Moi non plus je n’accroche pas trop à Tiffany Foxx, je trouve son flow et sa voix assez banals et disons… très « post-Nicki », et je trouve assez peu pertinent de la part de Lil’ Kim de mettre en avant une jeune artiste qui joue les mêmes cartes que Nicki, d’autant que ce n’est pas exactement ce qu’on attend. On attend des rappeuses originales comme Sharaya J, que je découvre tout de suite et qui a effectivement la patte de Missy Eliott, ou Azealia Banks qui déballe un texte avec un flow de malade sur des beats prises sur de la makina des 90’s. Ou Angel Haze qui se lance dans des paroles engagées avec un flow bien serré. Enfin… ^^

    Moi j’ai découvert Lil’ Kim très tardivement, je procrastinais en cherchant des images de Dita Von Teese et suis tombée sur une photo d’elle avec une femme noire habillée de façon excentrique dont la légende était « Dita Von Teese avec la rappeuse féministe Lil’ Kim », et dans ma tête pleine de préjugés de l’époque, je me suis dit « attends, y’a des rappeuses féministes ? Sérieux, c’est pas antinomique ?! », je suis allée écouter, et… Depuis, j’aime le hip hop et le rap. C’est quand même pas rien. 🙂

    J’écoute Lil’ Kim très régulièrement, elle me donne du courage, du pep’s, et j’avoue qu’elle a réussi à me choquer (enfin, le mot est tout de même assez fort pour la réalité de la chose) avec ses textes plusieurs fois (genre la première fois que tu entends « oh, something missing, the shower pissing, all up in your mouth, what, you think I’m kidding ? » et que tu vas vérifier si elle a bien dit ce que tu penses qu’elle a dit)

    • Ahahaha! C’est vrai que Lil Kim est vraiment très cru, Missy un peu moins, mais ça fait vraiment du bien, surtout quand le discours féminin doit être très policé…

      J’aime bien la lecture que tu fais de Foxx, Haze, et Banks. D’accord à 200%. Tiffany Foxx m’a fait vraiment l’effet de Nicki 2 *Bon son flow est quand même plus posé et un peu meilleur, mais bof quoi* : on veut autre chose (en tout cas, moi oui hein)!

      J’aimerais bien retrouver le cliché avec Dita Von Teese que tu évoques…Je savais pas qu’elles avaient posé ensemble 😮 En tout cas, c’est une chouette rencontre avec le hiphop que tu évoques : merci du partage!

        • Oh cool ❤ *En effet, Lil Kim est super sobre là XD* Mais il y a aussi Eve (et Gwen Stefani). Je ne reconnais pas la dernière par contre…
          Et pourquoi les deux femmes noires sont sur le bord de la photo??? (Bon, je suis peut-être parano là, j'imagine que c'était Dita Von Teese qu'on filmait en fait).

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