Introduction au questionnement personnel sur l’identité

En ce début d’année, j’ai décidé de réaliser une série d’articles sur l’identité, et plus précisément comment j’envisage mon identité personnelle, au vu de mon vécu.
La question de l’identité pour une femme noire en France ne me semble pas anodine. Loin de là.

Fille de parents immigrés, originaires du Cameroun, j’ai toujours navigué entre l’influence de mon environnement français, et les références culturelles camerounaises de mes parents.
Le cul entre deux chaises, pourtant bien la peau marron foncé, les affres du métissage culturel m’ont tourmenté plus jeune. Dans ma tête de petite fille, il était évident d’abord que je n’étais pas une française comme les autres: mes parents ont toujours pris soin de m’en avertir, mes camarades de classe ont bien su me le montrer, ainsi que l’administration française.
Face à tous ses rejets, il semblait clair que je ne pouvais être que camerounaise, comme mes parents insistaient, et nullement française.
Cependant, des voyages au Cameroun aux âges de 6 et 8 ans m’ont laissé l’impression que non, je n’appartenais pas à cet endroit non plus. Le décalage culturel entre mes cousines et moi semblait parfois infranchissable, et ces souvenirs m’ont longtemps détourné d’y retourner.

Voilà, aujourd’hui que j’ai un copain camerounais (apparemment, je n’échappe à un retour aux sources), celui-ci m’entraîne à passer Décembre au Cameroun parce que dixit lui, « C’est trop la mort, ça a trop le goût! »
Alors, j’y pense et je me dis pourquoi pas : j’ai toujours bataillé avec mon identité, alors si ce voyage mettait certaines choses à plat, en revoyant le Cameroun dans un contexte différent? (Bon ok, j’adore faire la fête aussi…C’est quoi?)

Car, en effet, « Où est ma place? Que suis-je? » sont des questions qui ont souvent trotté dans ma tête. Voilà la question parfois perpétuelle que peut se poser un noir de France, entre le racisme d’un côté et le décalage culturel de l’autre.
Ce qui est bizarre, c’est que j’ai tout le bagage culturel d’une camerounaise : le couscous de manioc avec sauce gombo est mon plat préféré, je cuisine ndole aux crevettes, et les bikutsi/makossa/benskin m’ont cassé les oreilles depuis ma tendre enfance. Je comprends et utilise des expressions francanglaises. On pourrait dire que seul mon accent détonne, quoi. Mais je sais, je sens, que je suis pas vraiment camerounaise. J’ai beau être intéressée, informée des derniers médias du pays, je suis à côté en quelque sorte. Il y a quelque temps, j’avais publié un texte intitulé « La schizophrénie des noirs de France » (que certains connaissent peut être ;)), et que je republierais sûrement retravaillé à la suite de celui-ci, parce que c’est longtemps comme ça que je l’ai ressenti. Capable de faire illusion des deux côtés, incarnant à chaque fois un personnage, mais n’appartenant réellement à aucun.
Une fois, avec un pote dont les parents sont d’origine congolaise, on en plaisantait : il me disait toujours que j’étais à 75% noire et lui à 50% (ce qui faisait que selon lui, parfois j’exagérais sur certains sujets).
Je repense à cette plaisanterie, parce que ça pose effectivement le problème de définir ce qu’est la « blanchitude » ou la « noiritude ». Une vision de la vie? Un certain prisme? Des habitudes? Ca existe même, ça?
Qu’est-ce qu’on rattache aux blancs (ou aux noirs) et pourquoi?

Mais trêve de bavardages. Au moment où je vous écris en avance ce texte, je suis à J-10 de mon départ pour le pays des Lions Indomptables (qui auront à peine le temps de fouler le sol brésilien avant de rentrer au bercail, tapés par l’équipe locale), et je voulais d’abord vous faire part de cette introduction personnelle, avant de décoller et peut être changer à tout jamais, qui sait?

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7 thoughts on “Introduction au questionnement personnel sur l’identité

  1. Ping : Johanna (bb_lu56) | Pearltrees

  2. Ping : Séjour au Cameroun de Décembre 2013 : retour aux sources? | Ms. DreydFul

  3. Eh bien, c’est un joli article.
    Au moins, tu es franche dans ce questionnement identitaire, sur ta personne.
    Tu te sens hybride, tu reconnais ce paradoxe qui fait de toi ce que tu es mais plus encore ce qui fait de nous autres ce que nous sommes.
    Nous sommes beaucoup dans ce cas, enfant dit d’immigrés étant nés avec cette impression que nous ne serons jamais français à 100% de par ce que l’on nous fait ressentir vivre, mais nous ne serons jamais un citoyen à part entière de notre patrie d’origine. J’avais employé l’expression « apatride du coeur »

    Tu sais que rien n’est acquis, que nos origines ne définissent pas qui nous sommes, et que ce questionnement montre ta conscience des choses et des enjeux.

    Concernant ce voyage, met bien tes vaccins à jour et surtout comme m’avait dit mon Oncle pour le voyage au Congo, ne fais pas attention au superficiel et donne toi les moyens de voir et d’aller à l’essentiel.
    Ce voyage redéfinira davantage ta position sur ces interrogations identitaires, sur tes envies.

  4. Je suis un homme blanc alors il me manque sans doute de nombreux éléments de réponse, mais pourquoi ressens-tu le besoin de te choisir une identité qui soit soit camerounaise, soit française ? Pourquoi ne pourrais-tu pas être simplement franco-camerounaise ? Finalement, j’ai l’impression que ce qui te pousse à choisir, c’est l’oppression que tu subis au quotidien, et qui te fait sentir étrangère, où que tu sois. C’est tellement triste, et j’en suis vraiment désolé. D’autant plus que je sais qu’il n’y a pas grand chose que je puisse y faire. À part chez moi, où tu seras toujours celle que tu veux, avec toutes ses richesses et ses bons petits plats !

    Bon courage dans ta quête, en espérant de tout coeur que tu y trouveras une réponse qui t’apportera la paix, quelle qu’elle soit.

  5. C’est intéressant comme réflexion. Je ne suis pas concernée par ces problématiques culturelles, car blanche, mais ça me fait penser que j’ai initié le même questionnement non pas en terme de « race » mais de classe, car issue d’un milieu très prolétaire (pour ma mère, un prof de lycée était un être très prestigieux à qui elle n’aurait rien à dire car elle se jugeait trop ignorante) et, de par mes loooongues études et mes gros diplômes, je suis entrée dans la cours des intellectuels. Alors évidemment, être noir ou prolo, ce n’est pas la même chose, mais parfois le sentiment de déclassement est là, et je me demande à quel degré je suis « prolétaire » (impression d’être une E.T. quand je reviens dans ma famille) et à quel degré je suis « intellectuelle » (j’ai longtemps eu un complexe d’infériorité en présence de personnes qui ont baigné dans un milieu intellectuel, qui avaient les facilités que je n’avais pas et n’ont pas eu à se construire « toutes seules »).

    Bon, bref, pour revenir au sujet, un ami d’origine marocaine m’a dit un jour que quand il allait au bled avec ses parents, il était considèré comme un français. En France, c’était l’inverse. Donc forcément, bonjour la schizophrénie, comme tu dis.
    Mais la « noiritude » et la « blanchitude », ça n’existe pas vraiment en tant que tel, ce sont des concepts mouvants, sans essence, non ? Je veux dire, selon leurs critères, certains penseront (pour reprendre la plaisanterie que tu cites) que tu es noire un peu et d’autres à 100%.

    Entre « blanc » (ou noir) est à mon avis avant tout une question politique, comme le disait Sadri Khiari, l’un des fondateurs du Parti des Indigènes de la République : Je n’ai pas envie de définir l’individu blanc (ni le « non-Blanc », sans lequel la notion de « Blanc » perd toute signification politique) : être blanc est un rapport social, et c’est lui qu’il faut définir. La notion de « Blanc » n’est pas statique, ses frontières sont mouvantes. Il y a quelques siècles encore, les populations d’origine slave, par exemple, étaient considérées comme barbares. Les populations juives, comme sauvages… et, aujourd’hui encore, dans certains pays des Antilles ou d’Afrique noire, un Syrien ou un Libanais, qui n’a pas nécessairement la peau blanche, sera considéré comme blanc parce que, dans les rapports de pouvoir raciaux, il fait partie du monde privilégié. En France, si on est arabe et qu’on a la peau blanche, c’est mieux que d’être arabe avec la peau brune. Et il vaut mieux être arabe chrétien qu’arabe musulman. Être blanc est une catégorie sociale et politique, et rien d’autre. Moi qui ai la peau blanche, je ne suis pas blanc pour autant. »

    Johnny Clegg par exemple, comment on évalue son degré de noiritude ou de blanchitude?

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