Noir de France ou comment la schizophrénie nous touche…

Je rebondissais ici sur un ancien article de Blingcool (malheureusement plus en ligne) dans lequel il traitait du gouffre séparant immigré africain et noir de France en décrivant les attitudes et défis à surmonter pour chacun. Je le republie ici dans le cadre de ma série d’articles sur l’identité de ce début d’année pour qui appréciera. Ce texte date d’il y a 2 ans, donc soyez indulgent! 

Si pour certains l’article était trop caricatural, pour moi il était surtout incomplet…Comprenez moi, je suis une « noire de France », et je ne me reconnais pas dans ce portrait, et quand bien même il faudrait qu’il m’évoque quelque chose, ça serait le fantôme d’un épouvantail de stéréotype de la personne de la cité, personnage beaucoup trop mis en avant à mon goût. Je parle ici de ma propre expérience donc prière de ne pas croire que j’écris pour tout le monde, mais je pense qu’on oublie toute une classe moyenne noire qui fait son chemin sans grosses vagues.

Donc si je devais parler de la particularité des noirs de France, c’est ce tiraillement qui nous déchire constamment pour certains. Cette inconstance qui nous fait changer d’équipe de football quand ça nous arrange (Que ceux dans la salle qui postent des photos des lions domptés sur Facebook lèvent le doigt, si si, dénoncez-vous!). Cette identité sans cesse remise en question. Combien de fois avez-vous répondu presque naturellement l’origine de vos parents à la question « Tu viens d’où » ? Combien de fois pris en flagrant délit de changement d’accent selon le phénotype de votre interlocuteur ? D’arriver en retard et de l’excuser sur votre « naturel », pour le jour d’après pester sur votre cousine du bled qui vous fait poireauter aux « Halles » ? Bon, ok rien à voir pour la dernière interrogation, ça c’est seulement ma life, je crois !

Stéréotype mis à part, le noir de France inter-change les masques (Référence à Fanon…Hop hop hop). Cependant, il n’en a pas toujours conscience et d’où cette fameuse schizophrénie, qui donne cette sensation de perdition à l’immigré. Je l’ai longtemps subie : le drame du noir de France rejoint dans une moindre mesure, celui du métisse (Il l’est d’ailleurs métisse, culturellement parlant). Se confrontant aux attentes des autres, qui le voudrait tantôt noir, tantôt blanc, selon des références racistes et/ou désuètes, il se fabrique des doubles qui s’échangent à loisir.

Plus que l’influence de la société française, c’est plutôt le choc de deux cultures et de leurs représentants qui nous paralysent dans cette schizophrénie. Ce n’est que lorsqu’on arrive à se défaire des deux poids à mon sens, que l’on peut jouir des avantages des deux et construire sa propre identité.

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4 thoughts on “Noir de France ou comment la schizophrénie nous touche…

  1. Bonjour,

    Je ne suis pas noire mais arabe. Et j’avoue, là je suis déjà en train de jouer avec les mots, parce que je suis plutôt française. Enfin je suis quand même née au Maghreb, d’un père arabe. Mais je vis en France depuis longtemps maintenant.

    J’ai la peau très blanche (et à la roulette génétique j’ai du toucher le gros lot parce que mes deux parents ont des cheveux noirs mais j’ai des cheveux plutôt clairs). Je ne subis donc pas le racisme (à part quand je dis mon nom ou mon pays d’origine, on me pose parfois des questions bizarres).
    Je pense qu’il serait intéressant d’étudier QUAND on dit qu’on est de telle ou telle origine, quels sont les enjeux sociaux à ce moment-là (est-ce qu’il y a des études là-dessus ?).

    Par exemple, là, je viens avec humilité parce que je suis blanche. J’ai très peur d’utiliser mon privilège ^^. Mais si je dis que j’ai des origines, c’est aussi pour affirmer mon appartenance à un groupe. Quelque fois c’est au contraire pour marquer la différence. Peut-être que ce serait intéressant de voir quelle utilisation est plus courante pour chaque groupe (ceux nés en France/nés ailleurs, etc.).

    Sinon je comprends que cette « schizophrénie » soit fatigante (bien que je le subisse peu donc, je dis ça par compassion). C’est un petit peu dur de devoir se défendre d’appartenir à un groupe quand on est sensé déjà être dedans.

    Pour finir, vraiment un aparté mais j’ai vu un psy quand j’étais plus jeune qui m’expliquait que mon « déracinement » avait des conséquences sur ma vie aujourd’hui (impossibilité de se poser, peur de l’engagement, tendance à aller systématiquement dans des situations ou je me retrouve entre deux groupes, impression de devoir toujours justifier sa place, difficultés à prendre des décisions tranchées, en gros difficulté à créer des racines et à décider dans quel camp je suis). Je me dis que peut-être ces symptômes peuvent apparaitre chez des personnes nées en France mais qu’on va toujours considérer comme « étrangères/avec des origines », sauf qu’il serait plus compliqué de mettre le doigt dessus, car le « déracinement » aurait lieu dans les interactions sociales, et pas dans le vécu concret des personnes. J’espère que je n’enfonce pas des portes ouvertes.

    Bon courage.

    • Bonjour Sabrina,

      Tu n’enfonces pas du tout des portes ouvertes, bien au contraire. Tu mets le doigt sur plein de questions qui restent en suspens, où je n’ai que des embryons de réflexions, où je ne pense pas pouvoir répondre.

      « Je pense qu’il serait intéressant d’étudier QUAND on dit qu’on est de telle ou telle origine, quels sont les enjeux sociaux à ce moment-là (est-ce qu’il y a des études là-dessus ?) »
      Tout à fait d’accord, et je ne pense pas qu’il y ait d’études dans le contexte français où on persiste à voir le racisme comme un simple problème interpersonnel. Tu soulèves la question du « passing » (être perçu-e différemment de son origine « raciale »), et si tu trouveras sûrement quelques sources en anglais, en français j’en doute.

      Aujourd’hui, de ce côté-là, je n’ai plus trop ce sentiment d’être double, je sais concilier toute partie de moi comme un seul ensemble (J’en reparlerais), mais c’est malheureusement un « travail » que j’ai du faire sur moi-même.

      Je suis tout à fait d’accord avec toi que réclamer ses origines peut avoir différentes motivations, et ça serait aussi intéressant d’étudier comment chacun s’identifie.

      Quant à ton aparté sur le psy, il n’est vraiment pas HS, car on étudie peu comment le racisme peut créer ou renforcer certains « troubles » mentaux, alors qu’il y a forcément des conséquences à subir certains rejets en permanence.

      Merci de ton commentaire 🙂

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