Séjour au Cameroun de Décembre 2013 : retour aux sources?

Voilà, je vous écrivais précédemment que j’allais passer un séjour au Cameroun en Décembre, permettant de me faire une nouvelle idée plus réaliste du pays que mes trop lointains souvenirs d’enfance ou les possibles préjugés que mon entourage auraient pu véhiculer à ce sujet. Me voilà rentrée des étoiles dans les yeux, le cœur au chaud et l’envie pressante de tout vous raconter (ou presque) de ce voyage.

Mais voilà, je sais pas comment m’y prendre! J’aimerais bien vous raconter le Cameroun de manière aussi décalée et drôle que Faïza Zeroula l’a fait pour l’Algérie, mais non : je ne suis pas aussi drôle pour commencer et je n’ai pas le courage de faire un debriefing aussi long (4 parties de 1000 mots? Et puis quoi encore?). Et puis j’ai aussi la sensation que je n’arriverais pas vraiment à vous restituer ce que j’ai vécu, ou que ce sera juste bien superficiel par rapport à la réalité de mon voyage. Cet article sera donc assez léger, ira dans tous les sens, et sera probablement frustrant pour vous, lecteur. C’est pas grave, je vais essayer d’écrire sur le sujet quand même…

D’abord, quelques faits pour planter le décor : le Cameroun, c’est où? En Afrique, les enfants. On regarde la petite carte ci-dessous et on voit la zone rougie. Le Cameroun niveau forme ressemble à l’Afrique en inversé, et possède quasi tout ce qu’on peut avoir en Afrique en terme de végétations, climats, cultures, ressources matérielles…C’est pour ça que le pays de Popol (surnom donné à Paul Biya, le dictateur président depuis 30 ans du Cameroun) est aussi appelé l’Afrique en miniature. Voilà pour la minute « Culture G ».

Le Cameroun en Afrique

Mon séjour (qui a duré exactement 12 jours) m’a fait faire un bon mini-tour du Cameroun (voir seconde carte svp) : j’ai atterri à Douala (capitale économique) où la chaleur m’a fouetté dès le pied posé à l’aéroport, je suis partie à l’Ouest (On est Bamiléké ou on ne l’est pas, hein) en passant par Bagangté et Dschang (avec pauses bouffe à Kekem et Makenene…Miam!), puis j’ai continué jusqu’à Yaoundé (♫♪♫Yaoundé la capitale!♫♪♫ Les vrais comprendront…) avant de retourner sur Douala. Voilà pour le trajet, vous avez plein de petits liens Wikipédia (parfois un peu vides, soit) si vous voulez améliorer votre culture géographique.

Mon Tour Du Cameroun

Donc, je disais arrivée à Douala, la chaleur qui vous dose…Douala, surtout en période de Décembre, c’est la fête 24h/24 7j/7. La ville ne dort pas, les boîtes de nuit (dont les prix des consommations sont aussi exorbitants qu’à Paris : ambiance!) sont pleines à craquer et les filles sont branchées : si tu n’as pas de robe cocktail avec talons assorties, des brésiliennes de 20 pouces sur la tête et un maquillage parfait, tu vas te sentir à la ramasse. Bon, sauf si t’es blanche…On considérera normal que tu sois à gauche (1), privilège blanc oblige. Trêve de plaisanteries, mon passage à Douala ne m’a pas vraiment dépaysé : au contraire, j’avais une impression de familier, d’habitude…Bizarre, non? Moi qui étais venue chercher un je-ne-sais-quoi indéfinissable, j’ai juste profité de la ville sans trop de secondes pensées. Douala et ses taxis jaunes cabossés, Douala et ces benskin(2) improbables roulant n’importe comment, Douala et ses petits étals de rue où vous pouvez manger un délice de plantain et viande au tapioca braisés…Douala est au final une grande mégalopole, un peu chaotique mais pleine de vie. Douala, la bonne vie quoi!

L’Ouest, c’est surtout des paysages de montagne et de verdure magnifiques (malgré les nombreux trous dans la route!), de la nourriture bio et de saison tout le long de la route (On a pu voir notamment des pastèques, des papayes, des bananes, des « prunes », de la viande de chèvre braisée…), des chefferies typiques, et une température plus modérée (facilement du 15 degrés : froid pour le Camer!). Tandis que Yaoundé ressemble un peu à Douala en plus ordonné et avec plein de bâtiments politiques. Pour l’instant, je ne comprends pas le grand clash Yaoundé vs Douala pour le titre de meilleure ville du Cameroun, car je les vois assez semblables. Mais bon, ça, c’est sûrement parce que je suis une mbenguiste(3) de toujours qui a pas tout compris…

Entre obligations familiales, mariages, baptêmes, et fêtes de fin d’année, j’avoue que je ne sais plus trop sur quoi me concentrer dans mon récit sans entrer en détails dans ma vie (détails qui seraient assez inintéressants pour vous ici). Donc, je vais parler de 2-3 choses qui m’ont marqué pendant mon séjour au Cameroun…

On oublie tout à fait que le Cameroun est censé être un pays bilingue tant en partie francophone, on est nul en anglais, langue reléguée à certaines zones (comme le Nord principalement, où le français est en juste retour totalement délaissé). On s’en rappelle quand on s’étonne devant un bâtiment administratif de voir le nom écrit aussi en anglais : « Tiens pourquoi c’est écrit en anglais aussi? Ah oui, c’est vrai, le Cameroun est bilingue. »

Mais à défaut de la langue, tous les camerounais partagent bien une chose :  la fierté. Quelle fierté? C’est ça, le problème. Fierté souvent dans rien, si vous voulez mon avis. Le camerounais est quelqu’un qui se pense souvent au dessus du lot. Chacun se pense plus malin que son voisin, ce qui amène parfois des situations comiques. Il est souvent fier d’être camerounais (pas du Cameroun, nuance) et à fond dans le foot (les débats de foot, notamment l’inépuisable Eto’o vs Drogba, rythment la vie des bars et tournedos(4)). A part ça, on est pas mauvais bougre. Comme dans beaucoup de pays africains, on prend le temps, ce n’est pas un mythe : tu veux courir pour aller où? Et surtout, on adore manger, et ce à toute heure : tu viens le matin, mange oh! A midi, mange non! L’après-midi, on grignote quelque chose. Le soir, on mange encore…J’allais sauf que mourir dans la tchop(5). Et on mange évidemment bien : les camerounais sont aussi chauvins que les français, quand il s’agit de gastronomie. Les plats camerounais comme le ndolae ou la sauce gombo crabe sont les meilleurs du monde, cela va sans dire, non mais!

Le Cameroun a beau être un de ces pays africains pauvres vu avec pitié par l’Occident, du peu que j’en ai vu (et que la bourgeoise que je suis peut capter), il ne crée pas un aussi gros fossé social comme en France. La barrière sociale semble plus leste, car pauvreté et opulence se côtoient plus facilement, du fait de leur proximité spatiale : on peut voir de façon récurrente une riche maison et des cabanes à côté, littéralement, mais surtout de la proximité sociale : la famille et les relations étant étendues, tous les gens de notre cercle peuvent difficilement venir des mêmes classes sociales. On en est pas (encore? Espérons pas…) à cacher les plus pauvres et à les reléguer hors de la vie sociale. Mais peut-être est-ce aussi faute de moyens, comme lorsqu’on laisse les « fous »(6) se balader en route? Je ne cache pas que mes réflexions sont encore en cours sur le rapport des gens à l’argent, à leur classe sociale, et comment cela conditionne leur rapport aux autres. Mais il y a un décalage certain entre la France et le Cameroun.

En plus de la pauvreté, il est sûr que le Cameroun doit faire face à d’autres problèmes de société : homophobie, sexisme, tribalisme…Souvent, les camerounais donneront leur opinion tranchée sans vernis face à ces questions, ce qui n’est pas plus mal parfois par rapport à l’hypocrisie à la française qui verrouille les langues, par peur du qu’en dira-t-on. Il m’est avis qu’on peut mieux démonter ce qui s’expose. Les discours homophobes, de la même veine que j’ai déjà dénoncé, sont évidemment récurrents et très violents. Mais ça n’empêche pas certains de les pondérer avec les mêmes « excuses » qu’on entend en France, cad « J’ai des amis gays très gentils, mais… », « On dit ça, mais on ne leur veut pas du mal ». Mouais…Ou pas. D’autre part, la nouvelle loi sexiste empêchant les femmes de s’habiller trop sexy en route (si vous n’êtes pas au courant, lire ici, ici et ici) est finalement trouvé souvent absurde et doit malheureusement être appliquée plus facilement envers les plus pauvres et/ou les prostituées. Heureusement pour moi, je n’ai pas eu à en souffrir. Au final, je réitère que je ne pense pas qu’une société africaine est fondamentalement plus oppressive qu’une société occidentale, où finalement certains sujets à défendre restent les mêmes.

Par exemple, une conversation calme avec un de mes oncles assez traditionnel (et donc sexiste) m’a permis de l’inviter à considérer d’aider plus sa femme dans la maison. Une question qui semble évidente d’un point de vue français (même si non réglée dans les faits), mais qui est un pas encore plus grand à faire dans une tradition Bamileke aux rôles de genre parfois plus rigides. En effet, pour certains, une femme doit toujours être la maîtresse de maison (comprendre « la ménagère, cuisinière, éducatrice »). Une autre conversation m’a amené à repenser au tribalisme, permettant notamment la discrimination envers les Bamileke (tribu appelée parfois juifs du Cameroun, au vu de certains points communs dans l’Histoire : génocide, tradition marchande). Effectivement, les Bamileke sont souvent discriminés à l’emploi et rejetés des sphères de pouvoir politiques au Cameroun, ce qui fait relativiser sur mon propre rejet en France : l’herbe ne serait pas forcément plus verte au Cameroun. En tout cas, même si tout le contexte est bien sûr différent et influe sur les réponses à y apporter, les mêmes problèmes d’oppression sont à combattre.

Voilà, cet article jure – de par sa structure – de ce que j’ai l’habitude d’écrire, mais parler de ce voyage très riche, trop rapide, sur lequel je suis encore en réflexion n’est pas évident. Bref. J’aime le Cameroun à mort!

Notes :

(1) Être à gauche : être en décalage par rapport à la normale.

(2) Benskin : moto-taxi, fléau de la ville de Douala

(3) Mbenguiste : personne venant de Mbeng (Mbeng étant la France, ou un pays occidental en général)

(4) Tournedos : sorte de bar où on mange un bout et boit, en donnant le dos à la route (d’où le nom).

(5) Tchop : nourriture

(6) Ici, je fais référence à ces personnes qu’on peut voir se balader nue en ville, et aux propos incohérents. Ça peut être des déficients mentaux, mais pour lesquels ils n’existent pas de structure pour les aider/encadrer.

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7 thoughts on “Séjour au Cameroun de Décembre 2013 : retour aux sources?

  1. C’est génial que tu sois allée à ton pays natal.
    J’hésitais depuis un moment à commenter, mais au final je vais me permettre de le faire.
    J’ai été avant tout je dirais surprise, que tu aies trouvé l’article de Faiza Zeroula sur l’Algérie « drôle », bourré de clichés et de préjugés. Au passage je suis algérienne vivant en Algérie. Et à certains passages j’étais vraiment mal à l’aise. Et ça me rappelle fortement Fanon sur le colonisé…du coup j’ai trouvé l’article très réducteur. Un même article écrit par une blanche aurait fait une avalanche de scandale, mais là parce que cette femme est d’origine algérienne, ça passe.. Parfois il faut faire la part des choses, ce n’est pas parce que nous sommes racisées que nous pouvons nous permettre de rejouer encore les préjugés sur le « bled ». Mais pour moi ça ne reflète que le niveau de cette personne.

    Sinon tu nous emportes bien dans ton voyage, c’est captivant. Mais, mais… J’ai du mal avec ces trucs de « LE » camerounais, c’est très caricatural, j’imagine que c’est fait pour être drôle… mais comme je l’ai dit, pour moi ça reprend exactement les préjugés qu’on se fait, sauf qu’on se donne une légitimté de le faire…

    J’espère que tu auras l’occasion de revisiter le Cameroun qui est un très beau pays

  2. Parler de génocide concernant les massacres perpétrés par l’armée française au Cameroun n’a pas de sens. Ce n’est pas parce que des milliers de personnes ont étés massacrées qu’il y avait un projet de l’état français d’éliminer entièrement leur ethnie, peuple,,etc
    Je ne dis pas que ce qui passé n’est pas grave et n’a pas de conséquences aujourd’hui mais le mot génocide a un sens particulier et ne peut être utilisé pour tout type de massacre, crime contre l’humanité, crime de guerre

    • Hmm, oui, vous direz ça aux anciens militaires bamiléké qui prévenaient leurs familles quand on allait verser du napalm sur le village, parce qu’il fallait écraser certains résistants qui étaient taxés comme « ethniquement » problématique (selon classification arbitraire française, un peu comme l' »arabe » qui est fourbe mais on ne sait pas pourquoi #OhWait).

  3. Bonsoir,
    C’est super car j’ai été (first time of my life) au pays natal de ma maman, le Togo, à la même période; et ton récit, de par son envergure pleine d’objectivité, me rappelle exactement mon séjour.
    La mégalopole battant son plein. La sophistication des demoiselles (j’étais clairement « à gauche » et non excusable puisque noire). Le rapport aux temps. La nourriture avec ces mets délicieuuuux. Jusqu’aux taxi-motos (zemidjan qu’on les appelle là bas) !

    C’est avec un réel plaisir que je lis et relirai cet article donc. Comme quoi l’Afrique ne se résume vraiment pas aux frontières établies!

    Merci 🙂

    • Salut, merci du commentaire! C’est vraiment une chouette coïncidence, ces voyages en parallèle. Je pense pas que je sois vraiment objective dans mon récit mais si tu te retrouves dans ma subjectivité, ça fait tjs plaiz : comme tu le dis, je pense qu’on peut trouver bcp de similitudes dans les manières de vivre en Afrique subsaharienne. ^^ Bonne soirée à toi!

  4. Marrant j’avais jamais remarqué que c’était la forme de l’Afrique à l’envers 😀

    Je vais essayer de t’éclairer par rapport à la rivalité Yaoundé/Douala. Déjà historiquement Douala est considérée comme la ville des « opposants » (cf http://www.cameroonvoice.com/news/article-news-4364.html). Quand Popoli se déplace jusqu’à Douala c’est tout un événement politique. Il y a même un adage qui dit « Quand Yaoundé vit le Cameroun respire » genre pour dire que les gens de Douala ont beau s’agiter c’est Yaoundé qui a le pouvoir.
    Ensuite il y a la rivalité entre « capitale économique » et « capitale politique ». A Douala c’est les hommes d’affaires (ou les feymens…) qui ont les grosses voitures. A Yaoundé c’est les capos du gouvernement, les diplomates. Yaoundé vit au rythme de la présidence, sachant que à la moindre sortie de Mme ou M. on bloque d’abord les routes pendant une demi-journée… Sans parler des remaniements ministériels, les intrigues de couloirs, les luttes de pouvoirs etc. ça influence la mentalité des gens. ça existe aussi à Douala mais dans l’ensemble on juge la société plus « libre » à Douala.
    Douala a la réputation d’être une ville de débauche pour les étudiants, je ne comprends pas pourquoi parce que niveau vie nocturne Yaoundé n’est vraiment pas en reste. Tu as fais une bonne remarque que Yaoundé est plus ordonnée que Douala. En tant que capitale ils font plus d’efforts pour présenter une belle vitrine, pour les présidents étrangers par exemple ^^.
    Voilà c’est un peut de tout ça à mon avis.

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