Antispécisme, l’ultime domination

Alors aujourd’hui, je vais aborder rapidement  d’un sujet assez difficile : l’antispécisme. J’essaye d’articuler une pensée anti-oppression, mais j’avoue que le spécisme est quelque chose que j’échoue à considérer avec autant d’importance que les autres oppressions. Pourquoi? Parce que je suis spéciste. Mais c’est quoi le spécisme?

Le spécisme est la domination des humains sur les autres animaux, avec qui on partage (inéquitablement) cette planète. L’antispécisme est la lutte contre cette domination.  Etre spéciste consiste à légitimer cette domination et n’étant pas vegan, je le suis donc.

L’antispécisme amène notamment à être vegan, cad refuser tout produit de l’exploitation animale. Donc, manger végétalien, ne plus utiliser de cuir et de laine, entre autres. Je dois encore avouer que face aux arguments antispécistes, j’ai d’abord trouvé que c’était n’importe quoi (litote). Mais peu à peu, je me suis rendue compte – en sortant tous les poncifs habituels – qu’il n’y avait rien de logique à manger de la viande et que c’était très culturel. Cependant, certaines interrogations et réflexions persistent dans mon esprit, qui m’empêchent de voir l’antispécisme comme un combat contre l’oppression comme un autre. Et je vais essayer d’étayer pourquoi.

Tout d’abord, l’un des problèmes majeurs du mouvement antispéciste se pose sur le fait que la lutte est portée d’abord par d’autres humains, donc dominant les animaux. Les antispécistes ne peuvent alors qu’être des alliés des animaux dont pour l’instant la communication avec eux semble plus limitée. Bon, je ne pense pas que les animaux veulent être mangés (Ça, on peut l’admettre je crois) mais par exemple, on peut penser non sans mal que si les animaux pouvaient « parler », ils réclameraient aussi qu’on ne détruise pas leurs habitats (ce qui les conduit irrémédiablement à la mort), ce qui n’est pas la revendication première au sein des antispécistes. On en arrive parfois à substituer le spécisme avec la végéphobie (discrimination souffert par les végétariens), ce qui est assez problématique au niveau politique.

Ensuite, son ethnocentrisme et ses fondations me semblent indissociables du système capitaliste et impérialiste dans lequel nous vivons. Son racisme rampant est l’un des premiers aspects qui m’a « aidé » à le disqualifier. Encore plus que les autres mouvements, le mouvement antispéciste souffre terriblement d’un point de vue de privilégiés, car un tel mouvement ne peut naître que dans un contexte occidental riche où le choix de l’alimentation est assez varié pour imaginer possible une non-exploitation complète des animaux. Bien sûr, ce n’est pas une raison pour nier le bienfait de la démarche, mais contrairement aux autres oppressions, ici refuser l’exploitation peut revenir à refuser de survivre.

Parlons de Sea Sheperd par exemple. Cette organisation pour la défense animale a pour habitude de torpiller des pêcheurs autochtones japonais chassant la baleine. Si nous sommes dans une pure réflexion abstraite, oui, on ne devrait pas se permettre de prendre la vie d’une baleine, et la mentaphobie nous permet de le faire. Mais quand on ne propose aucune alternative à ces pêcheurs à leur chasse à la baleine, leur seul moyen de subsistance, à quoi les condamne-t-on? A mourir. Leurs vies ne valent-elles pas au moins autant que celles des baleines que Sea Sheperd s’empresse de sauver? Dans cette précipitation à vouloir étendre la reconnaissance de l’autre, est-ce que le privilégié blanc ne devrait pas commencer par soigner la mentaphobie raciste qui, elle, semble valable pour ces hommes non-blancs?

Et c’est bien un problème général antispéciste, quand ce mouvement s’adresse à des interlocuteurs non blancs et souvent pauvres. Ce mouvement dominé par un discours blanc reproche uniformément aux humains leur mentaphobie pour les autres animaux, niant leur propre mentaphobie envers les personnes de couleur. Ainsi, il n’hésite pas à faire des comparaisons appropriatives entre l’exploitation animale et la traite négrière (ou la Shoah), eux qui comprennent pourtant si mal le racisme (Cette comparaison n’a qu’un effet de trigger). Ils n’hésitent pas à parler des nourritures non occidentales comme « exotiques », et à expliquer comment devenir vegan fait manger plus varié (Si tu étais renfermé-e sur ta propre culture culinaire, ne crois pas que tout le monde a ton privilège). Ils n’hésitent pas à minimiser l’accès inégal aux ressources alimentaires dans le Sud (Comment je suis parfaitement vegan dans un pays du Sud? Suppléments de B-12 courant les rues? Hell no) et aux produits annexes (Chaussures vegan? Je ne crois pas non plus au Cameroun), d’où peut être le peu de visibilité d’africains vegans.

Heureusement, certains comprennent que l’antispécisme non couplé à l’anticapitalisme, l’anti-impérialisme, et l’antiracisme n’est qu’un vain mot, car le système dans lequel nous sommes ne peut que contraindre à exploiter les autres animaux, seule classe pour laquelle l’exploitation est aussi largement légitimée chez les humains, pour SURVIVRE. De la même façon qu’il faut s’attaquer aux industries capitalistes qui mettent en esclavage des populations humaines pour faire du profit au lieu du pauvre qui achète, il faut aussi s’attaquer à l’industrie agroalimentaire d’abord plutôt qu’au consommateur en mon sens (Oui, je crois relativement peu au « Je vote avec mon porte-monnaie »). Contrairement aux autres oppressions, l’antispécisme n’est possible que dans un monde où l’humain a déjà acquis un confort relatif. Si je n’ai pas accès à d’autres matériaux que le cuir pour me chausser ou à des compléments en B-12, je ne peux être vegan et être en cohérence avec la pensée antispéciste. L’utopie vegan a donc forcément pour préalable la fin du capitalisme et de l’impérialisme.

Est-ce que toutes ces imperfections du mouvement antispéciste doivent nous empêcher d’essayer de refuser l’exploitation animale, quand on peut? Bien sûr, non. Il y a de très bonnes raisons d’être vegan (voir les sources en fin d’article). Mais je suis moins stricte dans son application, étant donné que la lutte antispéciste touche à l’alimentation, besoin vital, et au privilège (ou non) de classe de se procurer des alternatives veganes. En gros, dans notre contexte français, vous pouvez devenir vegan et c’est une bonne chose : essayez de votre mieux. Mais la pensée antispéciste a encore besoin d’être consolidée, avant de pouvoir être universelle en l’état.

Pour aller plus loin : 

  • Le site anglophone « Vegans Of Color », pour un argumentaire pro-véganisme sans poncifs racistes [X]
  • L’article « L’antispécisme pour les Nuls » de l’elfe, FAQ utile pour comprendre l’antispécisme [X]
  • L’article « Comment devenir végétarien? » de Myroie, pour les bonnes raisons d’être végétarien [X]
  • Des ressources pour des alternatives culinaires végétales : Antigone XXI, Mlle Pigut, Lili’s Kitchen entre autres!

Addendum :  A sa publication, ce texte avait provoqué un certain tollé du fait de son anti-antispécisme latent, et le trouvant moi-même imparfait, j’avais préféré en restreindre l’accès. Cependant, je crois qu’au vu des poncifs antispécistes récents, je préfère encore  qu’il soit quand même visible, quitte à provoquer des réactions plus intéressantes. Je vous conseille de lire les commentaires : CERTAINS sont intéressants. Je re-précise qu’ici, par antispécisme, je ne parle pas de la protection animale, ni du véganisme en tant que pratique individuelle et militante, mais bien du mouvement d’anti-exploitation animale complète surtout nord-américain et européen.

 

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50 thoughts on “Antispécisme, l’ultime domination

  1. On me demande parfois :
    “Pourquoi dépensez-vous autant de temps
    et d’argent à parler pour l’ampathie envers les animaux
    quand il y a tant de cruauté faite aux hommes ?”
    Je réponds : “Je travaille à ses racines.”
    George Thorndike Angell (1823-1909)

  2. Hum, salut. A l’origine même de le pensée philosophique, avec les Pythagoriciens, le mode de vie philosophique excluait la consommation de viande pour des raisons éthiques semblable à celle des vegans aujourd’hui… Cette question est donc universelle dans le sens ou elle se pose à l’humain dés qu’il se prend a penser…ce qu’il ne peut éviter….
    BZ JCr

  3. Halalalalala que lis-je de bon matin tranquillement attablé à mon ordinateur avec ma tasse de lait de soja.

    A la première lecture deux commentaires :

    Le premier, ce texte semble postuler un certain relativisme culturel, finalement l’éthique ne dépasse pas les différences culturelles. Il n’y aurait d’antispécisme qu’en occident (je dis occident pour faire simple) ?
    Ca me rappelle une conversation avec un pote végétarien, j’expliquais que je trouve qu’il n’y a aucune raison à ne pas être vegan surtout dans un pays privilégié. Il m’a répondu, il n’y a aucune raison de manger un animal où que ce soit. Il m’a expliqué qu’il trouvait ça un peu raciste que l’on pense toujours que le végétarisme soit associé aux blancs et qu’en gros « les noirs n’auraient pas accès à l’éthique ». Après il m’a surtout dit que la différence qu’il voyait était dans le fait de manger ou non des simili carnés qui ça est très occidental.

    C’est un peu une situation qu’avait rencontrée un anthropologue et qui expliquait qu’on jugeait avec nos valeurs messianiques ce qui est au final un universel éthique. Il raconte qu’il était avec une population qui battait des chiens de manière rituelle, il a discuté et à dit quelque chose comme « c’est horrible » et là des locaux lui ont répondu « oui nous aussi on trouve ça horrible et on essaye de faire changer cette tradition etc etc. » Bref, il aurait pu aussi repartir en disant « cette population pratique ce rituel de manière blablabla » sans expliquer que cette tradition était combattue et remise en question.

    Après concernant la pêche à la baleine, car je n’ai pas une grande connaissance du sujet, j’aimerai que l’on me corrige. Mais au Japon, il n’y a qu’une pêche autorisée prétendument pour la science, donc pour une élite. Il n’y a plus de pêche traditionnelle à la baleine mais des sortes de mafias ultra capitalistes, et en gros, si on vire les patrons baleiniers ça ne va pas faire mourir les ouvriers.

    Sinon concernant le racisme dans la protection animale et certains courants antispécistes, c’est indéniable et il faut le combattre. Je pense que peu de personnes non blanches (d’après les témoignages que j’ai eu) n’arrivent à se sentir à l’aise dans ce milieu. Celles et ceux qui restent le vivent pas toujours très biens. Alors luttons, luttons contre les fachos !

    • Encore une fois, réduire l’antispécisme au véganisme est selon moi une erreur de logique.

      Si on est dans une lutte contre l’oppression, il s’agit de réfléchir de manière plus globale sur comment on traite les animaux, et ça va au delà du véganisme.

      Ensuite, il y a différence entre végétarisme et végétalisme (qui est la façon vegan de manger pr moi) aussi : on peut être végétarien partout, vegan pas forcément, à cause de la B-12. Et c’est encore aussi difficile d’être vegan pour le transport et les vêtements, quand l’alternative n’est pas forcément possible (d’où pour moi le confinement à la sphère occidentale d’une non-exploitation TOTALE possible des animaux, car dépendante de ressources).

      Sinon merci pour les informations sur la pêche à la baleine traditionnelle, qui a dû être éteinte par le capitalisme et l’impérialisme.

  4. Salut Ms Dreydful !

    J’adore ton blog, les articles y sont toujours excellents, justes, bien rédigés, avec ce qu’il faut de passion !

    Cependant je ne suis pas hyper heureuse de lire cet article car je pense que, même si tu as raison sur pas mal de points, le problème n’a peut-être pas été pris dans le bon sens.

    L’antispécisme tel qu’il s’exprime pour le moment est avant tout philosophique et les comportements que tu évoques, par exemple Sea Sheperd et les baleines, ne sont pas faits sous l’angle de l’antispécisme. Oulah pas clair, je m’explique : je pense qu’à l’heure actuelle l’antispécisme est très philosophique et passe par la parole, les idées, mais pas réellement par les actes. Quand Sea Sheperd dénonce les massacres de baleines au Japon il fait effectivement une hiérarchisation : les baleines > les hommes, ce qui pourrait paraître spéciste. Cependant, si l’antispécisme utilise les mêmes ressorts que la lutte contre les inégalités, on peut penser qu’il est bon de parler alors d’équité tout comme on devrait le faire comprendre systématiquement dans la lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, etc. L’équité impose forcément des comportements inégaux : puisque les femmes/PoC/homosexuels/etc. sont mis en situation d’infériorité, de faiblesse, ces personnes ont besoin d’un « meilleur » traitement que leurs dominants afin qu’elles atteignent le même niveau, non ? Enfin je pense que c’est assez logique : les femmes (par exemple) sont payées en moyenne 25% de moins que les hommes; traiter tout le monde à égalité à partir de ce socle reviendrait à donner 25% de plus à tout le monde, l’écart serait donc conservé. Mais si on utilise un traitement équitable, on augmentera juste les femmes de 25%, ce qui ne sera pas au détriment des hommes puisque ces 25% ils les ont déjà.

    Je pense très honnêtement que l’antispécisme dans bien des cas vise ce genre de comportements : les animaux sont dominés par l’Homme et nécessitent un traitement équitable, ce qui forcément serait au désavantage des baleiniers japonais (dans l’exemple cité).

    Je comprends parfaitement le point de vue de ton article, et suis parfaitement d’accord quand tu expliques que ce mouvement pose problème : un sacré paquet d’antispécistes sont des gens assez peu corrects (pardon pour l’euphémisme !) !

    Après un truc me dérange : le Japon est un pays riche qui utilise énormément la pêche, je ne suis pas sûre qu’on puisse réellement excuser les baleiniers japonais (et les autres d’ailleurs !) quand on sait que les baleines sont en réel danger et qu’il existe d’autres espèces « péchables » qui ne présentent pas des enjeux aussi grave (du point de vue de l’extinction d’une espèce). Sea Sheperd dénonce en général les mauvais comportements issus de pays riches (Japon, Islande, Norvège, Îles Féroé) qui utilisent des procédés scandaleux pour continuer la pêche à la baleine, entre autres, détournement d’expéditions scientifiques, falsifications de documents légaux, etc.

    L’antispécisme (à ma connaissance >> ça réduit pas mal mes arguments, je sais !) ne tape pas, pour le moment et espérons que ça dure, sur les populations en situation de détresse (quoiqu’avec Fukushima, le Japon va bien moins bien qu’avant) parce que c’est vachement spéciste. Le but est d’apporter une réflexion sur notre rapport aux animaux et plus largement à la nature, lorsqu’on peut vivre en essayant d’être antispéciste, bah bingo loto, c’est super, mais si on ne peut pas, on ne peut pas. L’instinct de sa propre survie va au-delà, et si on y pense, philosophiquement, ce n’est pas forcément spéciste, mais simplement égoïste (dans le sens premier du terme) : j’agis pour moi-même. Un antispéciste qui va s’amuser à gueuler sur une population en détresse parce qu’elle utilise des bœufs pour labourer (en oubliant qu’on peut vivre en collaboration avec les animaux, qu’il existe des moyens de travailler avec eux et non sur leur dos, ce qui est oublié par pas mal de « penseurs » vachement ethnocentrés) est juste un gros c$n et, tu as bien raison, un fou$u privilégié.

    Pour continuer, tu as écrit : « Ainsi, il n’hésite pas à faire des comparaisons appropriatives entre l’exploitation animale et la traite négrière (ou la Shoah), eux qui comprennent pourtant si mal le racisme (Cette comparaison n’a qu’un effet de trigger). »
    Je pense que ces comparaisons sont loin d’être fausses en elles-mêmes mais qu’il y a bel et bien une façon de les faire : certains utilisent ces comparaisons comme ceci :

    « nous nous comportons avec les animaux comme nous nous sommes comportés avec les humains victimes de la traite négrière ou de la Shoah »

    alors qu’il faut renverser le problème :

    « nous nous sommes comportés avec ces êtres humains comme avec les animaux, les traînant au statut « infâme » d’animal ».

    Ces gens ont été traités comme des animaux, voire moins bien, ce n’est pas l’inverse. C’est parce que nous sommes capables de faire les pires horreurs aux animaux que nous n’avons eu qu’à franchir un pas en le faisant avec les Hommes, pas l’inverse, car l’inverse supposerait que nous considérions déjà à la base que ces êtres humains valaient moins que des animaux. Je ne sais pas si je suis claire, mais je pense que les comparaisons ne peuvent être faites que si elles ne sont pas approximatives, or la passion nous amène parfois à faire des approximations infectes.
    J’ai pas mal parlé avec mon grand-père, rescapé des camps de la mort, de végéta*isme, d’antispécisme et du sort des animaux dans notre société moderne et dans l’élevage industriel. Et tu as raison de dire que ces comparaisons sont des triggers abominables. Le truc qui m’a fait mal, c’est qu’avant d’en parler avec lui, je n’avais jamais moi-même fait cette comparaison, cela ne m’était même pas venu à l’esprit. Pourtant quand je lui ai parlé de l’élevage tel qu’il est et non tel qu’il est montré à la télé, j’ai vu poindre le trigger. J’ai compris. J’ai compris que je décrivais mots pour mots ce que lui et les autres n’ayant pas eu sa chance avaient subis, avaient vécu. Les ressorts mentaux sont les mêmes, et c’est terrible à dire, mais je pense au final que lorsqu’on applique ces traitements à des humains, c’est à peine si on monte d’un cran dans l’horreur, car en bout de ligne c’est une constatation que l’on ne les a jamais considérés comme de « vrais » humains. Et je n’ai pas d’autres mots pour le décrire qu’ « abomination ».

    Je suis sincèrement convaincue que l’antispécisme peut apporter beaucoup de bienfaits, mais comme tous les combats, il doit prendre en compte beaucoup de choses, ce qui n’est pas fait par un grand nombre d’activistes (et malheureusement je crois voir ça dans la plupart des combats). Après tout le constat de l’antispéciste est assez joli : si nous n’envisageons pas de faire du mal à un simple poulet et le considérons comme l’être vivant qu’il est dans son individualité, c’est que nous avons réussi à intégrer que les êtres humains, ces êtres de la même espèce, ont autant de valeur que nous-mêmes. Comment considérez un poulet comme son égal si nous ne pouvons faire de même au sein de notre propre espèce ?

    Voilà Ms Dreydful, j’espère ne pas t’avoir fait hérisser tous les poils de ton corps !!

    • Tu ne m’as pas fait hérisser des poils…Au contraire, merci d’ajouter au débat.
      Si la réflexion antispéciste n’est que philosophique, c’est dérangeant :(( Parce qu’on ne peut pas traiter une lutte contre une oppression, comme simple sujet de philo…

      En fait, tu mets aussi un doigt par inadvertance dans ce qui me dérange dans la majorité des discours antispécistes : à cause du privilège blanc, il part du fait que toutes les vies humaines ont la même valeur (ce qui n’est pas le cas dans la réalité au niveau des traitements).
      Ainsi, lorsque tu parles d’instaurer un traitement de faveur pour les baleines, aux dépens des baleiniers japonais, c’est comme si ces derniers avaient le même pouvoir de nuisance que les blancs qui veulent instaurer cette politique (ce qui est faux). Pourquoi les américains ne commenceraient pas d’abord par une politique qui les pénalisent eux, en accordant une subvention pour la préservation des baleines? (C’est une idée loufoque hein, pas à prendre au sérieux).

      Ce que je veux dire, c’est qu’il y a un problème dans mon sens, que des personnes blanches ayant déjà une hégémonie impose les conditions de traitements de faveur à ceux qu’ils exploitent déjà (pays non blancs, dans une mesure relative, et plus fortement, pays du sud). Je ne dis pas que les antispécistes blancs ne veulent pas déjà dans leurs propres pays, mais il y a une universalité voulue du discours qui est juste impossible.

      Ensuite, je serais beaucoup moins optimiste que toi : je ne crois pas que toutes les mentaphobies soient liées. Pour certains, je pense que les personnes racisées valent moins que les autres animaux. Tu as tout dit : souvent, on nous animalise, mais je ne suis même pas sure que c’est en rapport avec les autres animaux. Nous ne sommes justes pas considérés humains. Mais comme tu dis, un parfait antispéciste serait peut être le meilleur des êtres…

      • Je pense que nous posons le problème avec nos visions d’occidentales : le privilège blanc existe bel et bien, mais existe-t-il partout de la même manière que dans les sociétés occidentales ?
        Je mets ici complètement de côté une énorme partie de l’Afrique, de nombreux peuples africains ayant littéralement été dépossédés de tout : leurs terres, leurs langues, leurs cultures, leur humanité, etc. Je parle notamment d’une partie de l’Asie, partie du monde que nous connaissons assez peu, et pour ma part, pas assez pour dire qu’on y applique le privilège blanc (du moins sur des aspects aussi politiques parce qu’en matière de représentation de la beauté par exemple, y’a clairement un souci). Le fonctionnement du Japon est excessivement différent du nôtre (par exemple) et c’est difficile de dire que l’action de Sea Sheperd le vise en raison d’un privilège blanc et d’une non-remise en cause de l’hégémonie blanche (et américaine). Sea Sheperd est considérée comme une association de pirates aux USA, le risque est certainement plus conséquent dans les eaux USAiennes.
        Il ne faut pas oublier, si je comprends bien les documents que j’ai lus, que la chasse à la baleine aux USA est pratiquée par des peuples Inuit d’Alaska (pareil pour le Canada), qu’il s’agit d’une des rares sources de revenus qu’ils ont.
        Sea Sheperd jusqu’ici s’est attaqué à des pays puissants et riches, je pense qu’on ne peut pas nier que le Japon est un pays riche et puissant, et l’association ne s’est, à ma connaissance, pas attaquée aux peuples en détresse ou quasi-détresse ou ayant peu de ressources naturelles (Inuits du Canada et d’Alaska, philippins) mais bien à des pays riches et puissants ayant quantité d’autres ressources. À partir de là, on peut penser que le traitement de faveur des baleines se produit au sein de pays qui n’en seront pas défavorisés. Tous les pays touchés par Sea Sheperd sont des pays “blancs” sauf le Japon, mais de par son Histoire et sa situation, ne peut-on pas ranger ce pays aux côtés des pays “blancs” ?
        Le cas de Sea Sheperd est intéressant car ils sont implantés dans pas mal d’endroit et touchent à des pays riches car ils touchent à la pêche industrielle, à la pêche qui détruit les fonds marins et pollue les océans, etc. Ces pouvoirs de nuisance, les pays pauvres, en détresse ne les ont pas (à cette échelle) et ne semblent pas être victimes de cette assos.
        Il y a bien une hégémonie blanche dans de nombreux domaines, mais pour le coup je ne suis pas sûre qu’on vise la bonne assos (alors qu’il y a des gugusses de la fondation BB qui vont couiner parce que dans certains pays on mange du chien…).
        Ensuite soyons honnête. Il y a une hégémonie blanche, oui, et principalement américaine (je n’essaye pas de minimiser les méfaits de l’Europe attention !), il ne faut pas oublier que les américains sont les premiers à ne pas respecter les lois sur l’environnement alors ne rêvons pas, ils ne feront jamais aucune loi qui les pénalisent (tu as raison, on a le droit de rêver un peu !! ).
        L’antispécisme est un combat que l’on voit dans les sociétés blanches et qui désigne des personnes qui ont le pouvoir de faire quelque chose, si l’antispécisme dénonce des gens qui souffrent, qui sont en détresse, moins bien traités, ce n’est pas de l’antispécisme (au sens qu’il devrait avoir).
        Il est vrai que les “non-blancs” (je finis par ne plus avoir d’expression regroupant tout le monde !) sont malheureusement bien souvent animalisés, ce phénomène touche énormément les noirs (c’est mon impression), plus que les autres je pense, et cela est évidemment lié à notre Histoire. Le problème est : si nous avions dès le départ respecté comme il se doit les animaux, nous n’aurions pas eu à animaliser les noirs pour pouvoir mettre en place la traite l’esprit léger (bon sang, ça me glace le sang de dire ça) car, où aurait été le problème ? Les noirs sont des chimpanzés ? Et alors ? Les blancs sont des macaques ! Les indiens des orang-outans !
        Malheureusement, ces propos n’ont rien d’anodins, ils sont graves car nous avons supprimé l’humanité des noirs, les avons transformés en singes pour mieux les exploiter. Bien sûr que je suis une idéaliste, je rêve d’un retour en arrière où nous aurions respecté les animaux pour ce qu’ils sont (et les humains sont des animaux !) et où comparer un homme noir à un panda et une femme blanche à une girafe n’aurait rien été d’autre que de dire que lui est un personnage bonhomme et attendrissant et elle un personnage longiligne et loufoque. Ça me fait du bien d’être idéaliste un peu.
        Bien sûr, dans les faits nous ne sommes pas égaux : X parce qu’il est noir aura, dans les faits, des difficultés que Y (qui est blanc) ne rencontrera jamais. Philosophiquement, je pense que nous sommes égaux évidemment, que X n’a ni plus ni moins de valeur qu’Y qui n’en a ni plus ni moins qu’une baleine. Je crois que c’est ça la philosophie antispéciste (enfin telle que certains l’applique) : nous devrions tous avoir la même valeur, car c’est vrai, mais dans les faits ce n’est pas le cas.
        Après je comprends ton point de vue car je ne comprends pas un seul instant comment on peut se revendiquer antispéciste sans insérer l’intersectionalité !
        Je suis d’accord, l’antispécisme ne doit pas être recherché en défavorisant des peuples qui le sont déjà et sur le plan philosophique, pas de soucis. Sur le plan des actions, je ne suis pas d’accord avec l’exemple de Sea Sheperd mais il y a faire à parier qu’il y a bel et bien eu des actions menées au détriment de peuples opprimés. Ça ne fait pas un pli.
        Désolée si c’est assez confus.

  5. Personnellement, je ne pense pas que l’anti-spécisme soit un privilège de riche ou de blanc. Prenons l’exemple des riches : quand tu vas dans un supermarché, on voit tout de suite que ce qui coûte le plus cher, c’est la viande et le fromage. Personnellement, je pense plutôt que c’est manger des produits non vegan qui est un comportement de privilégié : c’est ce qui coûte le plus cher. Manger varié et vegan ne coûte pas cher, il faut juste apprendre à changer ses habitudes. Personnellement, depuis que je suis végé, mon budget bouffe est beaucoup moins élevé : j’ai même pu commencer à acheter bio alors que quand je mangeais de la viande, je ne pouvais pas le permettre (la barbaque faisait un trop gros trou dans mon budget).
    D’ailleurs, en mangeant des produits non-vegan, on pille les pays pauvres (notamment d’Afrique) de qui viennent les céréales visant à alimenter NOTRE bétail. Non vraiment, selon moi, c’est le fait de se nourrir de viande qui est un privilège qui écrase des populations sur lesquelles les pays riches ont plein pouvoir.
    Ensuite, en général, les pays pauvres sont bien plus végétaliens/riens que les pays riches. L’Inde est un excellent exemple. C’est la culture occidentale qui y a introduit ce début e frénésie à manger de la viande, et ça pose des tas de problèmes là-bas, d’ailleurs.

    Concernant ton exemple de Sea Shepherd, il me semble que tu affirmes des choses fausses : ce ne sont pas des gens dans le besoin qui pêchent baleine, dauphins et autres animaux marins en voix d’extinction, mais bien des grosses entreprises qui veulent faire toujours plus de profit (d’ailleurs, il ont assez d’argent pour faire poids sur le gouvernement afin que les requins ne soient pas classés « animaux protégés » alors qu’ils sont en train de disparaître). L’organisation de Paul Watson ne lutte pas contre de pauvres pêcheurs, mais contre des grosses entreprises qui ont assez de pouvoir pour faire de Paul Watson un criminel (alors qu’il sauve des animaux dont l’espèce humaine à besoin pour survivre).

    Concernant l’habitat des animaux, tu dis aussi que les anti-spécistes ne font rien pour ça et là encore, je pense que tu te trompes : tu parlais de Sea Sheperd, par exemple, et bien ils luttent contre le chalutage qui détruit les habitats des animaux marins. J’ajoute que bien souvent les anti-spécistes sont également écolo et que donc la préservation de l’environnement est quelque chose qui tient aussi à cœur aux anti-spécistes. Je connais pas mal de veggie qui boycottent au maximum l’huile de palme, par exemple, parce que ça déforeste et détruit donc l’habitat naturel de l’orang-outang notamment.

    Alors oui, je suis d’accord pour dire que l’Anti-spécisme a des failles, comme tous les autres mouvements et c’est pour ça que, personnellement, j’inclus cette lutte dans mon intersectionnalité. Comme le féminisme peut être est excluant des luttes LGBT/noirs, comme l’anti-classisme peut être excluant de la lutte des femmes, comme l’écologie peut se foutre des droits des animaux, comme l’anti-racisme peut virer à la misogynie quand il ne s’intéresse qu’aux hommes non-blancs, invisibilisant ainsi les femmes, l’anti-spécisme n’est pas parfait non-plus. D’où l’importance d’y parler de l’intersectionnalité comme dans les autres mouvements. Parce que à mes yeux, il n’y aura pas d’égalité sans prendre en compte les animaux, tout comme il sera impossible de « sauver » les humains en défendant seulement les animaux. C’est pour ça que je suis souvent en colère dans les milieux non intersectionnels, que ce soit chez les anti-spécistes qui dédaignent les luttes « humaines » (féminisme, anti-racisme, droit des LGBT etc) par ignorance ou dans les milieux « intersectionnels » qui oublient les animaux parce que « ce ne sont que des bêtes : les humains d’abord ».

    • Merci de ton commentaire, Myroie 🙂 Mais je pense que tu négliges ce que je voulais faire passer, et que Masr Wa Touness développe assez bien : l’impérialisme.

      Il ne s’agit pas ici de parler de privilège blanc et de classe dans le contexte français, mais dans le contexte mondial. Pour ça, je te rejoins : oui, mon panier vegan est souvent moins cher, oui, les pays du sud ont une pratique culinaire beaucoup plus végétale. Oui dans un contexte occidental, l’antispécisme a du sens (et possible), car il y a beaucoup plus d’alternatives, il y a le choix.

      Choix qui n’est pas forcément présent dans les pays du sud : il s’agit de parler plus que de véganisme, mais d’exploitation animale générale. Ce n’est pas pareil. L’Inde n’est pas antispéciste : les animaux sont utilisés pour autre chose que la nourriture (transport, vêtements…) sans remise en cause. Et c’est ça qui limite dans l’antispécisme : la non-exploitation totale des autres animaux est juste impossible pour le moment dans le sud, car dépendant de la survie.

      Après, ce n’est pas du tout les retours que j’avais eu de Sea Sheperd sur leur comportement avec tous les pêcheurs de baleine, mais il faudrait que je retrouve mes sources. Je ne dis pas que que les antispécistes ne pensent pas à l’habitat, mais plutôt que c’est souvent une préoccupation secondaire : la preuve ici, tu es la première à me reprendre sur la question de l’habitat, plutôt que du veganisme.

  6. La lutte majeure n’est pas portée par des humains, elle est portée par des animaux. Il y en a des centaines de milliers qui tous les jours tentent/s’échappent d’abattoirs, de laboratoires, de lieux de vie détruit … Seulement aucun média n’en parle et souvent tout le monde s’en fout.
    En tant qu’humains antispécistes nous avons pour but de dénoncer et combattre la domination spéciste. Certes nous ne sommes pas des animaux non-humains, beaucoup de collectifs antifa sont majoritairement blanc (problématique mais ca ne change pas le fait que la lutte antifa est une nécessité).

    Ce n’est pas une lutte de privilégiéEs uniquement. Tout d’abord parce qu’il y a beaucoup de pays où l’alimentation est vegé/vegane (Inde, Thailande) même si c’est pour conviction religieuse d’abord. Ensuite, réfléchir à l’exploitation animale en fRance c’est comme réfléchir à la consommation en général.
    Personne n’a pour but d’aller porter la bonne parole ailleurs.
    Et ouais, merde, des millions d’animaux meurent pas jour, juste boycotter ça et avoir une autre alimentation, en fRance c’est vraiment pas dur …

    C’est pas parce que la PA est largement raciste, antisémite, sexiste et homophobe qu’il faut laisser tomber le combat animal ! Merde, les fafs font de l’anticapitalisme, ca veut dire quoi, qu’on doit arrêter la lutte des classes ?
    Comme n’importe quelle lutte il y a des réformistes, des islamophobes, des connards, des partis politiques, des antiautoritaires … C’est pas parce que Caroline Fourest existe qu’il ne faut plus etre féministe !
    Il y a un monde entre la PA et la Libération Animale (libération totale, humaine et animale), qui n’ont strictement rien en commun, ca serait cool de pas metttre tout le monde dans le même panier.

    • De ce que je comprends pour moi (et qui fait cohérence), être antispéciste, c’est être contre l’exploitation animale.

      La protection animale ne suffit donc pas, et n’a pas de sens pour moi, au sens de la justice. Si on est dans une logique antispéciste, on doit réfléchir plus globalement à comment on vit en harmonie avec les autres animaux et ça va plus loin que juste, « ne pas les manger » (cf l’Inde n’est PAS antispéciste, voir autres commentaires).

      C’est évidemment une évidence antispéciste, mais ce n’est pas assez pr être non spéciste. C’est comme si pour le racisme, je disais que « Bon je traite pas les noirs de sales nègres et voilà, chuis plus raciste ».

      Je ne dis pas que ce n’est pas un combat nécessaire mais je dis qu’il est malheureusement conditionné aujourd’hui par où il est possible totalement et ses discours.

  7. C’est vrai que tout mouvement est porté par des personnes, et que quand ce sont des personnes douteuses on peut légitimement se méfier de ce mouvement… Mais je ne crois pas que l’antispécisme soit par essence racisme tout de même? c’est vrai qu’il y a beaucoup de racisme parmi les antispécistes, pas mal de sexisme aussi. Je pense qu’on est là face à deux phénomènes: d’abord les antispécistes ont tendance à être très peu positionnés sur le plan politique, à ne pas voir les oppressions en général (heureusement ce n’est pas vrai pour tout…) parce que ça reste une oppression un peu particulière, tant au niveau de ses formes qu’au niveau des luttes. Après, si tant est qu’ils veuillent bien admettre qu’il existe d’autres oppressions, ils ont tendance à vouloir traiter toutes les oppressions de la même façon que l’antispécisme, ce qui pose problème. (je suis passé par là…).
    Et l’autre raison c’est qu’il y a une récupération du mouvement par des fachos, qui profitent de cette ignorance et de cette inconscience, et ça leur permet de se faire passer pour des « gentils ».
    Le mouvement est aussi sclérosé par des gens qui se disent antispécistes mais qui ne le sont pas vraiment ou pas du tout. Et ce qui est très particulier à l’antispécisme et qui le distingue des autres luttes, c’est qu’il n’est pas toujours abordé comme une lutte pour la justice, mais comme un truc de « compassion », d’empathie, de pitié, de sympathie pour les animaux (d’où le fait que beaucoup s’arrêtent là: ils ont de la sympathie pour les animaux mais ça leur parait plus difficile d’en avoir pour les humains, pour des raisons qui leurs sont personnelles). Et ça c’est une vraie merde, parce qu’on se retrouve avec un mouvement qui semble dire « soyez gentils avec les animaux » au lieu de dire « ils ont le droit de vivre ». Et même quand on dit « ils ont le droit de vivre » les gens continuent d’entendre « soyez gentils avec eux », ou « moi j’aime les animaux », le véganisme est toujours considéré comme « un choix personnel » qu’on ne doit pas « imposer ». « si tu aimes pas la viande, n’en dégoûte pas les autres » (ben tiens j’vais me gêner) etc…

    Bref il y a un énorme travail d’éducation à faire dans le mouvement antispéciste. ET il faudrait presque redéfinir l’antispécisme pour les antispécistes. Si on continue à considérer qu’il s’agit d’être gentil choupi tout plein avec les gentils nanimo, non seulement le mouvement va droit dans le mur, mais en plus, il ne pourra jamais converger avec les autres luttes, et alors rien n’est possible à mon avis.

    • Merci l’elfe de ton ajout 🙂 En fait, j’ai du mal à voir comment l’antispécisme (pas la pratique vegan, bien la lutte contre l’exploitation animale) hors du contexte occidental peut être viable en l’état. Et donc cette lutte n’a pour l’instant comme racine/base qu’un discours blanc qui est à dé-polluer de tout le privilège qui s’y trouve. D’où le lien que je trouve beaucoup plus récurrent entre privilège blanc, impérialiste, et capitaliste et antispécisme, qu’avec d’autres oppressions.

      • Je ne pense pas que l’antispécisme soit occidental. Je pense qu’il y a un antispécisme occidental, mais l’antispécisme existe dans d’autres cultures. Moi je suis occidentale, blanche, etc… donc je parle de l’antispécisme occidental. Mais il y a des luttes antispécistes dans de nombreux pays. J’ai rencontré des antispécistes en Bolivie par exemple. Il y a en Bolivie un mouvement antispécisme émergent, qui va justement avec le rejet de la culture occidentale colonisatrice. Ce n’est pas exactement le même antispécisme qu’ici en France, mais c’en est un. De même, en Inde, il y a plusieurs courants et cultures antispécistes, quand bien même l’Inde est majoritairement spéciste. Malheureusement tout ça est très peu connu, car même l’antispécisme occidental reste très marginal à l’heure actuelle. Et je ne me vois pas porter l’antispécisme bolivien ou indien alors que je ne connais pas vraiment ces cultures.

  8. Hello, merci pour l’article! Il y a environ 2semaines j’avais une réflexion reliée à ce sujet à propos de l’annuelle chasse de 250 dauphin au Japon, unanimement décriée dans le monde occidental. Ce qui m’avait choqué c’est de voir que certains Occidentaux osaient parler d’extinction des dauphins à cause de cette chasse…. alors que la chasse au dauphin existe depuis des centaines et centaines d’années dans cette région, le dauphin ne s’était jamais éteint avant que les Occidentaux se mettent à abuser massivement de la faune marine et en polluant outrancièrement, menant à la rarification des baleines et dauphins. Alors bien entendu que la chasse aux dauphins est très cruelle quand on y pense dans l’absolu, mais ni plus ni moins que la pêche régulière ou la pollution massive des mers qui mène les dauphines/baleines à mourir empoisonnés.

    Et ce schéma est répété ailleurs: les peuples chassent une espèce tout en gardant une relation harmonieuse avec la faune, et dès que la domination coloniale (généralement occidentale) débarque dans la région, en quelques générations l’espèce est menacée d’extinction. Ce fût le cas pour nous sur le continent africain pour l’éléphant et le lion. La chasse récréative et le déboisement massif apportés par la colonisation occidentale a porté un coup fatal aux équilibres que nous avions instauré. Et le plus rageant après tout ça, c’est quand après tout ça un petit vétérinaire occidental s’amène au Kenya ou en Afrique du Sud pour « conscientiser » les autochtones sur la nécessité de préserver les espèces, de ne plus braconner, alors que c’est en priorité chez lui-même qu’il devrait faire ce travail de conscience.

    Il est très rare que je dise « c’était mieux avant », que je considère comme un argument de vieux réac, mais pour ce qui est de l’état de la planète, effectivement, c’était mieux avant les deux phénomènes destructeurs presque simultanés (et interdépendants) de la colonisation massive du monde par l’Occident et de la révolution industrielle. De là il n’est pas difficile de comprendre que le vrai combat du spécisme ne devrait pas de faire la morale aux pêcheurs japonais mais aux lobbys de l’agroalimentaire, ceux qui déboisent des milliers d’hectares de forêt amazonienne pour nourrir du boeuf qui sera mangé en Occident. Il n’y a qu’en Occident que l’on mange en moyenne plus de 250g de viande par jour, alors c’est contre la tradition carnassière en occident que les militants antispécistes devraient se concentrer.

    Pour le reste du monde bah, si je prend l’exemple de mes grands-parents, ils vivaient largement des oeufs des poules de leur poulailler et du lait de leur vache, donc aller leur dire de manger vegan (et donc d’acheter) est tout simplement irréaliste. Dans les familles comme celles de mes origines, on mange assez rarement de la viande, mais le lait, les oeufs, la laine (personne ne peut se payer le luxe du chauffage central en hiver)… au delà de ça, si n parle d’exploitation au sens large, avoir un âne, un chameau ou une autre bête de transport est vital dans bcp de régions du monde, et tout simplement on ne peut se payer facilement des tracteurs, voitures ou motos. L’exploitation de l’animal dans ces régions n’est pas un choix, mais une nécessité.

    Ceci dit, le petit bémol de fin: il existe un peuple qui nous enseigne la plus grande tradition végan et végétarienne du monde: l’Inde. Des centaines de millions de végétariens vivent parfaitement le fait de se passer de viande (et pour certains aussi d’oeufs par exemple) et on pourrait s’inspirer mieux de leurs traditions culinaires. Quand je vais en Inde, comme je vais généralement chez la famille de ma meilleure amie qui est indienne, et qu’ils sont végétariens, je suis toujours impressionnée par tout ce qu’on peut faire sans toucher aux produits de l’exploitation animale!

    • J’adore toujours tes commentaires ^^ En fait, l’antispécisme est la lutte qui doit d’autant plus faire attention à s’articuler avec les autres oppressions, et c’est souvent celle qui échoue le plus dans ce sens.

      Je suis vraiment d’accord sur l’exemple de l’Inde même s’ils ne sont pas antispécistes, car ils exploitent aussi les animaux pour d’autres besoins (transports, vêtements…). Néanmoins, on peut (quasi) tout faire sans produits animaux, question cuisine, alors je m’y atèle plus souvent.

      • Effectivement le végétarisme est répandu en Inde, au contraire de l’antispécisme qui y est aussi rare qu’ailleurs.

        Ce qui me dérange dans cette histoire d’antispécisme, et là c’est peut-être ma faute, c’est que j’arrive très facilement à imaginer un mode de vie végétarien voire même végétalien, mais j’ai bcp bcp de peine à imaginer qu’un mode de vie totalement antispéciste soit possible, surtout si l’on articule avec d’autres axes. Je donne un exemple: un antispéciste, contre l’exploitation animale, serait contre l’utilisation des animaux comme mode de transport. Or, imaginons qu’un paysan veuille labourer un champ de blé: à la façon traditionnelle il le ferait grâce à un attelage avec des boeufs, à la façon industrielle grâce à un tracteur. Le spéciste aura donc tendance à choisir le tracteur… mais un tracteur consomme de l’essence qui, pour son extraction et sa transformation, aura causé la mort d’un tas d’animaux comme « dommages collatéraux », détruit largement faune et flore, provoqué une déstabilisation géopolitique (on fait même la guerre pour le pétrole…), contribué au réchauffement climatique, etc. Sans compter qu’un paysan dans un pays du « Tiers-Monde », il a tout simplement pas les moyen d’acheter un tracteur et de l’essence, alors qu’il sait nourrir ses boeufs depuis sa propre récolte. Pour quelqu’un qui n’a jamais vécu dans le monde émergeant ou plus largement dans les pays pauvre, je pense qu’il est facile d’oublier l’enjeu vital que représente le transport par voie animale, par exemple, sans parler d’autres formes d’exploitation (les oeufs, le lait, mais aussi l’habillage). L’accent de l’antispécisme est mis sur la viande, ce qui fait complètement sens dans le monde occidental immodérément carnivore, mais plus globalement, c’est pas la viande le problème (la viande est assez optionnelle dans la survie, à l’exception notable des peuples nomades comme les Touareg ou les Mongols pour qui le troupeau est vital), c’est l’animal dans le transport et l’habillement (va dire à sibérien d’être gentil avec les animaux à fourrure alors qu’à -50°C, aucun tissu n’a jamais réussi à reproduire les propriétés de la fourrure).

        J’ai l’impression surtout que notre civilisation est tellement intriquée dans l’exploitation spéciste (il y a même des espèces animales qui ont évolué sous l’effet de notre domestication, comme les moutons ou les chiens! Parfois même des espèces qui n’arriveraient franchement pas à vivre hors de notre giron) que je n’arrive pas à imaginer un monde non-spéciste. Mais peut-être que je manque juste d’imagination!

  9. Ping : Antispécisme, l'ultime domination | Poli...

  10. “un tel mouvement ne peut naître que dans un contexte occidental riche où le choix de l’alimentation est assez varié pour imaginer possible une non-exploitation complète des animaux”
    Euh… T’es sûre ? N’as-tu jamais entendu parle de cette religion Indienne qu’est le Jaïnisme (dérivée de l’Indouisme) ? Mais j’oubliais que l’Inde est un pays Occidental…
    Bref, tout ça pour dire que c’est bien la première fois que je trouve un article que je trouve à côté de la plaque sur ce blog.

    • Je savais que cet article allait lever des boucliers, mais là je crois que tu confonds deux choses : la démarche vegan et l’antispécisme. On peut être vegan sans être antispéciste.
      Et je connais le Jaïnisme (qui est d’abord une religion encapsulant autre chose que le veganisme) mais je ne mettrais jamais une équivalence à l’appeler antispécisme. C’est bien une des autres choses qui m’agacent dans le mouvement antispéciste : une appropriation culturelle qui ne dit pas son nom (encore manifestation du privilège blanc).

      L’Inde a effectivement beaucoup à nous apprendre comme l’a noté Masr Wa Touness sur une alimentation végétale, mais l’Inde n’est pas antispéciste.

      Prends le temps de lire vraiment l’article que de bloquer sur cette seule phrase.

      • Excellent article !
        Ca fait un bout de temps que je n’arrive pas à me positionner sur cette question, ça aide à la réflexion 🙂

      • Merci pour les procès d’intention, j’aime beaucoup.
        J’ai lu l’article entier et ai choisi de ne souligner que ceci. Je n’arrivais pas à trouver les mots pour dire à quel point je trouvais le reste bien végéphobe pour ma part.
        Et cette phrase me choque :
        “C’est bien une des autres choses qui m’agacent dans le mouvement antispéciste : une appropriation culturelle qui ne dit pas son nom (encore manifestation du privilège blanc).”
        Je rêve où tu pars du principe que je suis blanche ? Tu n’as rien trouvé de mieux à faire que de mettre en exergue ma couleur de peau présumée pour mieux me discréditer ?

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