Miss Major & coup de projecteur sur les femmes noires trans

Dernièrement, je découvrais qu’une campagne Kickstarter pour fonder un film sur la vie de Miss Major avait été lancée, campagne qui a atteint son but *très bonne nouvelle*. Mais vous vous demandez peut -être qui est Miss Major?

Miss Major Griffin-Gracy est une femme noire trans, toujours en vie à plus de 60 ans. Elle est l’une des figures mythiques de la révolte de Stonewell en 1969, avec Marsha P Johnson et Sylvia Rivera (deux autres femmes de couleur trans), une ex-travailleuse du sexe, une rescapée du système pénitencier américain, et une activiste des droits humains internationalement reconnue. Elle est présidente d’une association de défense des droits des personnes transgenres, le Transgender GenderVariant Intersex Justice Project (TGIJP), où elle lutte notamment pour la réforme du système pénitencier, et l’amélioration des conditions de vie pour les personnes trans.

Miss Major a été souvent la personne vers qui se tourner dans la communauté trans, et un modèle pour d’autres. Elle a réalisé de nombreuses interventions et interviews pour exprimer les problèmes rencontrés par les personnes trans, comme notamment dans cette vidéo ci-dessous où elle évoque le whitewashing autour de Stonewell et son appropriation par les gays blancs.

Pour en savoir plus sur Miss Major, je vous recommande cet article par Jessica Stern en 4 parties, abordant la vie et les opinions de Miss Major sur la survie et être leader en tant que personne trans, la prison, les discriminations, la pauvreté, la violence personnelle, entre autres.

Mais parler de Miss Major m’amène à parler des femmes noires trans, ces femmes encore plus oubliées que les autres femmes noires. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir des personnes comme l’autrice activiste Janet Mock, ou l’actrice Laverne Cox, comme femmes noires trans célèbres, mais cela ne suffit pas. Où sont ces femmes? Je n’ai pas pu trouver de témoignages dans notre contexte français, mais je vous laisse découvrir quelques voix africaines.

En effet, les personnes trans existent en Afrique, même si les mots sont souvent non posés sur comment elles vivent leur existence.

Par exemple, dans cet article de Jeune Afrique,  Naomie désignée comme « homosexuel et travesti » (même si genrée au féminin dans la suite de l’article) exprime son vécu de femme trans :

« Je ne peux pas être différente, je me sens femme depuis que je suis toute petite. […] Les voisins me jettent de l’eau usagée quand ils me voient. […] J’ai été agressée, il y a encore deux jours. »

Dans cet article, Cleo Kambugu, femme transgenre d’Uganda et activiste avec Trans Support Initiative Uganda, indique l’absence du mot « transgenre » dans son dialecte. Elle témoigne notamment des violences envers les personnes transgenres en Uganda :

« The stigma I’ve experienced is small compared to what many of my Ugandan transgender counterparts are living through. Many of them have been abused and driven out of their homes by their families, shoved into the ruthless world of sex work, exposed to the HIV virus, or worse. In a recent incident, a transgender woman sex worker was harassed and undressed by police on the street; the humiliating event was caught on film and later aired on national television. »

« Les stigmates que j’ai expérimenté ne sont rien comparés à ce que nombreux de mes camarades ugandais transgenres subissent. Beaucoup d’entre eux ont subi des abus et jeté hors de chez eux par leur famille, poussés dans le monde sans pitié de la prostitution, exposés au virus du SIDA, ou pire. Dans un récent incident, une femme transgenre prostituée a été harcelée et déshabillée par la police dans la rue; cet événement humiliant a été filmé et diffusé plus tard à la télévision nationale. »

Dans un article du magazineQ-Zine, Hadja est présenté comme icône dans la communauté MSM (Men who have Sex with Men) de Ouagadougou (Burkina-Faso), gagnante de « Miss MSM Glamour 2011 », mais en même temps, indique vouloir être genrée au féminin et dit avoir « un esprit de femme dans un corps d’homme ». Elle témoigne notamment de comment elle jongle entre « sa vie de travesti » et la « normale » :

« J’associe mes deux vies sans souci. D’abord, moi je vis seule chez moi à Ouagadougou, loin de ma famille, donc déjà un souci de moins. Ensuite, je suis indépendant pardon indépendante financièrement. Ce qui est important, lorsqu’on veut revendiquer sa liberté. Et enfin, et surtout, je ne me travestis que entre les quatre murs d’une maison. C’est-à-dire que je me déguise seulement lors des soirées MSM ou dans ma maison avec mes amis. Mais je ne le fais jamais pour rentrer en ville ou pour jouer à la pétasse. (Rires…) Je porte toujours des tenues de dame sobres telles que les grands boubous en bazin, les grandes robes africaines, etc. D’où mon surnom de Hadja ! J’essaye de respecter la sensibilité des autres sans me priver. »

Ces différents articles sont très intéressants, et en plus de témoigner des difficultés que rencontrent les personnes trans en Afrique, montrent aussi la limite de vouloir poser des étiquettes occidentales (Gay? Femme/Personne trans/transgenre?) sur des vécus non-occidentaux sortant de l’hétéronormativité.

Comme ailleurs, les femmes et personnes trans  sont sujettes à une extrême violence et précarité, encore peu mise en lumière comme le note Alice Mbuenga, activiste kenyanne pour les droits des personnes LGBTQIA, dans son essai « LGBT: Transgender rights not simply gay rights », cette violence étant ré-appropriée au sein des luttes pour les droits des gays. Dans une optique intersectionnelle, il est important  de ne pas oublier l’oppression spécifique subie par les personnes trans, d’en prendre conscience, et d’agir en conséquence.

Et cela commence par relayer leurs histoires, comme ce film de Miss Major ou l’interview du magazine Q-Zine.

Quelques ressources :

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3 thoughts on “Miss Major & coup de projecteur sur les femmes noires trans

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