Antispécisme, l’ultime domination

Alors aujourd’hui, je vais aborder rapidement  d’un sujet assez difficile : l’antispécisme. J’essaye d’articuler une pensée anti-oppression, mais j’avoue que le spécisme est quelque chose que j’échoue à considérer avec autant d’importance que les autres oppressions. Pourquoi? Parce que je suis spéciste. Mais c’est quoi le spécisme?

Le spécisme est la domination des humains sur les autres animaux, avec qui on partage (inéquitablement) cette planète. L’antispécisme est la lutte contre cette domination.  Etre spéciste consiste à légitimer cette domination et n’étant pas vegan, je le suis donc.

L’antispécisme amène notamment à être vegan, cad refuser tout produit de l’exploitation animale. Donc, manger végétalien, ne plus utiliser de cuir et de laine, entre autres. Je dois encore avouer que face aux arguments antispécistes, j’ai d’abord trouvé que c’était n’importe quoi (litote). Mais peu à peu, je me suis rendue compte – en sortant tous les poncifs habituels – qu’il n’y avait rien de logique à manger de la viande et que c’était très culturel. Cependant, certaines interrogations et réflexions persistent dans mon esprit, qui m’empêchent de voir l’antispécisme comme un combat contre l’oppression comme un autre. Et je vais essayer d’étayer pourquoi.

Tout d’abord, l’un des problèmes majeurs du mouvement antispéciste se pose sur le fait que la lutte est portée d’abord par d’autres humains, donc dominant les animaux. Les antispécistes ne peuvent alors qu’être des alliés des animaux dont pour l’instant la communication avec eux semble plus limitée. Bon, je ne pense pas que les animaux veulent être mangés (Ça, on peut l’admettre je crois) mais par exemple, on peut penser non sans mal que si les animaux pouvaient « parler », ils réclameraient aussi qu’on ne détruise pas leurs habitats (ce qui les conduit irrémédiablement à la mort), ce qui n’est pas la revendication première au sein des antispécistes. On en arrive parfois à substituer le spécisme avec la végéphobie (discrimination souffert par les végétariens), ce qui est assez problématique au niveau politique.

Ensuite, son ethnocentrisme et ses fondations me semblent indissociables du système capitaliste et impérialiste dans lequel nous vivons. Son racisme rampant est l’un des premiers aspects qui m’a « aidé » à le disqualifier. Encore plus que les autres mouvements, le mouvement antispéciste souffre terriblement d’un point de vue de privilégiés, car un tel mouvement ne peut naître que dans un contexte occidental riche où le choix de l’alimentation est assez varié pour imaginer possible une non-exploitation complète des animaux. Bien sûr, ce n’est pas une raison pour nier le bienfait de la démarche, mais contrairement aux autres oppressions, ici refuser l’exploitation peut revenir à refuser de survivre.

Parlons de Sea Sheperd par exemple. Cette organisation pour la défense animale a pour habitude de torpiller des pêcheurs autochtones japonais chassant la baleine. Si nous sommes dans une pure réflexion abstraite, oui, on ne devrait pas se permettre de prendre la vie d’une baleine, et la mentaphobie nous permet de le faire. Mais quand on ne propose aucune alternative à ces pêcheurs à leur chasse à la baleine, leur seul moyen de subsistance, à quoi les condamne-t-on? A mourir. Leurs vies ne valent-elles pas au moins autant que celles des baleines que Sea Sheperd s’empresse de sauver? Dans cette précipitation à vouloir étendre la reconnaissance de l’autre, est-ce que le privilégié blanc ne devrait pas commencer par soigner la mentaphobie raciste qui, elle, semble valable pour ces hommes non-blancs?

Et c’est bien un problème général antispéciste, quand ce mouvement s’adresse à des interlocuteurs non blancs et souvent pauvres. Ce mouvement dominé par un discours blanc reproche uniformément aux humains leur mentaphobie pour les autres animaux, niant leur propre mentaphobie envers les personnes de couleur. Ainsi, il n’hésite pas à faire des comparaisons appropriatives entre l’exploitation animale et la traite négrière (ou la Shoah), eux qui comprennent pourtant si mal le racisme (Cette comparaison n’a qu’un effet de trigger). Ils n’hésitent pas à parler des nourritures non occidentales comme « exotiques », et à expliquer comment devenir vegan fait manger plus varié (Si tu étais renfermé-e sur ta propre culture culinaire, ne crois pas que tout le monde a ton privilège). Ils n’hésitent pas à minimiser l’accès inégal aux ressources alimentaires dans le Sud (Comment je suis parfaitement vegan dans un pays du Sud? Suppléments de B-12 courant les rues? Hell no) et aux produits annexes (Chaussures vegan? Je ne crois pas non plus au Cameroun), d’où peut être le peu de visibilité d’africains vegans.

Heureusement, certains comprennent que l’antispécisme non couplé à l’anticapitalisme, l’anti-impérialisme, et l’antiracisme n’est qu’un vain mot, car le système dans lequel nous sommes ne peut que contraindre à exploiter les autres animaux, seule classe pour laquelle l’exploitation est aussi largement légitimée chez les humains, pour SURVIVRE. De la même façon qu’il faut s’attaquer aux industries capitalistes qui mettent en esclavage des populations humaines pour faire du profit au lieu du pauvre qui achète, il faut aussi s’attaquer à l’industrie agroalimentaire d’abord plutôt qu’au consommateur en mon sens (Oui, je crois relativement peu au « Je vote avec mon porte-monnaie »). Contrairement aux autres oppressions, l’antispécisme n’est possible que dans un monde où l’humain a déjà acquis un confort relatif. Si je n’ai pas accès à d’autres matériaux que le cuir pour me chausser ou à des compléments en B-12, je ne peux être vegan et être en cohérence avec la pensée antispéciste. L’utopie vegan a donc forcément pour préalable la fin du capitalisme et de l’impérialisme.

Est-ce que toutes ces imperfections du mouvement antispéciste doivent nous empêcher d’essayer de refuser l’exploitation animale, quand on peut? Bien sûr, non. Il y a de très bonnes raisons d’être vegan (voir les sources en fin d’article). Mais je suis moins stricte dans son application, étant donné que la lutte antispéciste touche à l’alimentation, besoin vital, et au privilège (ou non) de classe de se procurer des alternatives veganes. En gros, dans notre contexte français, vous pouvez devenir vegan et c’est une bonne chose : essayez de votre mieux. Mais la pensée antispéciste a encore besoin d’être consolidée, avant de pouvoir être universelle en l’état.

Pour aller plus loin : 

  • Le site anglophone « Vegans Of Color », pour un argumentaire pro-véganisme sans poncifs racistes [X]
  • L’article « L’antispécisme pour les Nuls » de l’elfe, FAQ utile pour comprendre l’antispécisme [X]
  • L’article « Comment devenir végétarien? » de Myroie, pour les bonnes raisons d’être végétarien [X]
  • Des ressources pour des alternatives culinaires végétales : Antigone XXI, Mlle Pigut, Lili’s Kitchen entre autres!

Addendum :  A sa publication, ce texte avait provoqué un certain tollé du fait de son anti-antispécisme latent, et le trouvant moi-même imparfait, j’avais préféré en restreindre l’accès. Cependant, je crois qu’au vu des poncifs antispécistes récents, je préfère encore  qu’il soit quand même visible, quitte à provoquer des réactions plus intéressantes. Je vous conseille de lire les commentaires : CERTAINS sont intéressants. Je re-précise qu’ici, par antispécisme, je ne parle pas de la protection animale, ni du véganisme en tant que pratique individuelle et militante, mais bien du mouvement d’anti-exploitation animale complète surtout nord-américain et européen.

 

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50 thoughts on “Antispécisme, l’ultime domination

  1. Ping: Pédagogie végétale | Pearltrees

  2. Merci pour cet intéressant article qui soulève beaucoup de question. Moi-même vegan, on m’a souvent avancé l’argument « c’est un truc de blanc riche ».
    Ca fait un moment que je ne trouve rien d’autre à répondre à ça que « ben justement si tu l’es, quelle est ton excuse? » en me rendant compte que c’est quand même pas mal excluant, donc c’est super d’avoir ton avis là-dessus.

  3. Je suis assez perplexe devant cet article. Tout d’abord pour le traitement des pêcheurs japonais. Qu’on en fasse une question de classe, okay. Mais les réduire en “pauvres jaunes exploités et abusés par les blancs”, alors que le Japon est la troisième puissance économique mondiale (d’après Wikipédia. Je me fiche des détails, l’idée est qu’il se s’agit certainement pas d’un pays pauvre, ou en quelque façon que ce soit en position d’infériorité)… pourquoi ?
    C’est quoi l’idée, exactement ? Réduire toute personne qui n’est pas blanche à une position de victime, même quand il fait partie d’une société où elle est en position de force (parce que oui, être japonais au Japon ce n’est pas la même chose qu’être japonais en France), dans un pays qui est lui-même en position de force ?

    Moi, quand je pense au Japon au cours du dernier siècle, je pense à un pays avec un passé colonialiste très important, un pays riche, le plus dévellopé d’Asie, bref, un pays qui n’a strictement rien à envier à la France. Si la France et l’Allemagne font partie des pays oppresseurs et dominants, le Japon tout autant. Si le Japon fait partie des pays victimes, alors la France et/ou l’Allemagne aussi. (J’ai inclus l’Allemagne pour prévenir toute référence à l’occupation du Japon post-Seconde guerre mondiale.) S’il y a une raison de considérer le Japon comme une victime, alors je n’ai pas encore assez réfléchi au sujet pour la trouver, ou pas correctement, et je suis prêt à changer d’avis. Et je précise encore une fois que ces pécheurs vivent au Japon.

    Ensuite, la deuxième chose qui m’a paru étrange, c’est l’idée que l’antispécisme ne pouvait qu’être né en Occident. L’Inde a déjà été pointée plusieurs fois, et tu a répondu que l’antispécisme complet n’était pas appliqué ou même appliquable directement en l’état en Inde. Et en France, ou aux États-Unis, est-ce qu’il l’est ? Je n’en ai pas l’impression. Peut-être que tu n’a rencontré que des anti-spécistes non Indiens. Est-ce que cela veut dire qu’il n’en existe pas en Inde, ou juste que tu n’a pas cherché aux bons endroits ?

    J’arrive clairement sur le tard, je sais, désolé. Mais je pense que ces questions valent la peine d’être posées.

    • Bon, j’avais déjà dis dans d’autres commentaires que mon exemple de pêche à la baleine n’était pas le + pertinent trouvé *litote*.

      Quand j’écrivais cet article, je ne pensais pas à l’industrialisation de la pêche à la baleine mais plutôt aux pêcheurs traditionnels (mais qui n’existent plus apparemment aujourd’hui).
      Ensuite, loin de moi de faire une caricature « Les petits jaunes faiblards pas impérialistes », le Japon a été longtemps une puissance impérialiste, je ne le nie pas.
      Mais on ne peut balayer non plus l’hégémonie américaine. Plus que ça, même si le Japon n’est pas pauvre, il y a aussi des classes populaires et pauvres qui ont peu moyen de subsistance, et on ne peut pas arriver « avec des gros sabots » dans 1 contexte qui nous est inconnu (et où on est en position de dominant) sans prendre en compte les rapports de classe.

      Je vais prendre 1 exemple que je maîtrise bien mieux : le cas de la chasses des grands gorilles au Cameroun. Ils sont en voie d’extinction, il faut effectivement les protéger mais une solution ne peut être trouvée sur le dos des chasseurs villageois qui ont peu de ressources. C’était l’essence de mon propos.

      En ce qui concerne l' »antispécisme » en Inde, c’est le terme même qui me dérange. Chaque contexte a ses propres explications, spécificités, et ça me dérange beaucoup, qu’on vienne appliquer nos grilles de lecture sans ré-étudier le contexte ailleurs, un peu en colon. Tout ça juste parce qu’on voit des similitudes d’actions qui émanent pourtant de mode de pensées parfois différents (ce qui explique notamment le paradoxe de la vache « sacrée » mais maltraitée). On ne pense pas vraiment à la pensée qui rend les indiens végétariens, on plaque juste « Ils mangent pas de viande, ils sont antispécistes! »
      Et c’est là mon problème.

      Pour ta dernière question, s’il y avait volonté politique de nos gouvernements, je pense qu’en France ou aux USA, on pourrait se passer entièrement de produits animaux. On a la connaissance pharmaceutique pour la B12, on utilise plus les animaux pour le transport, et l’agriculture.

      On serait pas forcément + éthique, mais c’est possible.

      Mais merci pour tes questions, j’avais déjà dis que cet article était « mauvais ». 🙂

      PS: On peut être dans un pays où la plupart des gens sont d’une couleur et quand même être moins bien traités qu’une minorité. Voir l’Afrique. >> http://mediadiversified.org/2014/10/14/tourism-white-privilege-and-colonial-mentality-in-east-africa/

  4. C’est en arrivant dans le milieu de la PA française que je me suis rendue compte de tout cela. Je trouve utile de le rappeler. Je retrouve dans cet article effectivement ce que je constate sur le terrain. Triste.
    Rien à ajouter, l’article mérite de démonter le discours dominant ambiant.

  5. Bon…

    Je reviens (un peu honteuse, j’avoue) juste pour dire un truc :
    « Mais la pensée antispéciste a encore besoin d’être consolidée, avant de pouvoir être universelle en l’état. »

    Je ne suis pas d’accord avec cette phrase. Je pense pour ma part que la pensée antispéciste doit aller plus loin qu’une simple consolidation mais qu’elle doit être complètement revue et corrigée.
    D’une part, à cause de ce que tu décris dans ton texte mais aussi à cause de ses propres problèmes de racisme (islamophobie et négrophobie notamment), de lesbophobie, d’homophobie et j’en passe que j’ai pu constater.

    OK, ce n’était qu’une petite partie des antispécistes Fr mais quand je lis que des textes tels que « Oui, Christiane Taubira est un singe. Moi aussi » font le bonheur de beaucoup d’antispécistes, je me dis que c’est le mouvement antispé tout entier qui risque de moisir avec toute cette pourriture en son sein.

    Je pense qu’en plus de l’anti-capitalisme, c’est carrément l’intersectionnalité des luttes qui ferait du bien au mouvement antispé. Mais là, je rêve je crois, vu l’état actuel des choses.

  6. Earthlings compare le génocide juif ou la traite négrière avec les abattoirs. Pour moi ça a été suffisant pour juger la stupidité, l’arrogance et le mépris des antispécistes. Ce sont des gens qui pensent que les omnivores sont des barbares, tout de même, une pensée pour les cultures non occidentales qui chassent et vivent de cela? C’est indécent de les rabaisser à des ethnies « barbares », « sauvages », l’antispécisme is the new black pour tous les petits babs en manque de cause à défendre pour oublier combien ils sont privilégiés (facile de vivre sans laine quand on ne vit pas dans les Landes, nan mais de qui se moque-t-on) par rapport au reste du monde. Tout le monde ne peut pas et tout le monde ne veut pas défendre leur vision de l’égalité. Les plus pauvres, les gens qui ont d’autres combats (racisés) ne sont que des ignares, des barbares complices de tous les maux de la terre. On passera à l’antispécisme lorsque les humains seront égaux. C’est une priorité non négligeable, que cela leur plaise ou non.

    • Je ne suis pas forcément d’accord de dire aux antispécistes : « On fera juste plus tard ». Parce que c’est ce qu’on dit pour toute lutte en général. Mais sachant qu’ici l’oppression repose DES FOIS (pas dans tous les contextes, et certainement pas en France) sur la survie, il me semble encore plus urgent pour l’antispécisme que d’autres luttes de faire le lien avec le capitalisme, l’impérialisme et le racisme (même si je pense déjà le présupposé « Si on élève les autres animaux à notre niveau, ça aura une répercussion sur tous les autres êtres humains défavorisés » faux). Néanmoins, je pense que pas mal d’antispécistes se concentrent souvent sur leur contexte, et tous les omnivores qui – eux – ont la possibilité matérielle de réduire leur exploitation animale.

  7. Ping: Pourquoi ? | lescrisdelalicorne

  8. A propos de cette phrase : « Il faut aussi s’attaquer à l’industrie agroalimentaire d’abord plutôt qu’au consommateur en mon sens » : le truc, c’est que pour s’attaquer à l’industrie agroalimentaire, il faut aussi passer par le consommateur. Ce n’est que quand les consommateurs refuseront majoritairement d’acheter certains produits que les industries pérécliteront, ou produiront autre chose. En fait, je ne vois même pas comment s’attaquer aux industries autrement, sachant qu’elles produisent pour faire du profit. Et si « attaquer » le consomateur c’est lui dire qu’il est responsable de ce qu’il achète, alors je pense qu’il faut l’attaquer. C’est évident qu’en tant que consommateurs, on est responsable. A propos d’exploitation animale, j’ai lu il n’y a pas longtemps quelqu’un qui se dédouanait totalement de sa responsabilité de buveuse de lait, et qui disait : c’est de la faute de l’industrie laitière, je n’y suis pour rien. Euh… Ben si.

    A part toi, je pense comme toi que l’antispécisme est possible uniquement quand on a les moyens et la technique pour se passer des animaux, ou qu’on vit dans des conditions qui permettent de s’en passer. Autant je vois ça comme une nécessité dans les pays riches, autant je vois mal comment les Nenets de Sibérie vont pouvoir se passer de leurs élevages de rennes, ou comment les habitants de telle île paumée du Pacifique, qui ne pratiquent pas l’agriculture et qui n’ont que des fruits à manger, vont pouvoir se passer des ressources alimentaires que leur procure la pêche (c’est un exemple, hein, je ne sais pas s’il existe des îles où seuls des fruits poussent).

  9. L’antispécisme n’est pas une injonction envers chaque individu à refuser de vivre. Puisque le véganisme lui-même ne peut pas être parfait et que tous les vegans en sont conscients, tout produit consommé, toute interaction avec la société étant forcément en interdépendance avec un type ou l’autre d’exploitation animale dans la société actuelle.
    L’antispécisme est une revendication politique en vue d’une évolution générale de la société pour la reconnaissance des autres animaux en tant qu’individus.

    De toute façon, le non-spécisme absolu n’est lui-même pas possible. Personne ne se suicidera pour éviter de prendre le risque de marcher sur des fourmis (ce qui arrive à n’importe quel marcheur, aussi prudent soit-il).
    L’antispécisme ne peut être vu que comme une force, une poussée morale pour amener vers une évolution progressive vers une reconnaissance de plus en plus grande des autres individus, en fonction de leur sentience avérée ou probable, et en fonction de notre capacité concrète/matérielle à les prendre en compte. Un progrès constant, mais un idéal qui ne sera jamais atteint.

    Mais à ce que je sache, les militants vegans/antispécistes ne visent pas en priorité les humains pauvres et non-blancs. Ca n’aurait aucun sens. L’antispécisme que je connais s’adresse en priorité aux occidentaux blancs de la part des occidentaux blancs, eux qui sont les générateurs principaux du carnisme, les principales causes du mal. La résolution des problèmes secondaires posés par les populations pauvres qui tuent pour survivre, ne pourra se faire qu’après résolution du problème principal posé par les populations riche, et avec une entraide mondiale.
    (Pour le problème posé par la B12 : La B12 de synthèse n’est pas aujourd’hui disponible partout dans le monde. Pourquoi est-ce qu’elle ne pourrait pas l’être dans le futur ? Pourquoi est-on capable de proposer/essayer d’étendre à l’immense majorité des humains du monde les transports mécaniques, l’accès à l’électricité, voire à internet, à l’eau, à la vaccination, aux soins médicaux, à l’éducation, à la science, etc. , et à côté de ça faire de la B12 un mur infranchissable ?)

    Et le végétarisme/le véganisme/l’antispécisme, dans chacun des pays concernés sera toujours mieux défendu par les habitants de ces pays.

    A titre de comparaison, les blancs riches se permettent de condamner l’exploitation des enfants… Pourtant, dans les pays concernés, le travail des enfants reste une nécessité de survie, si on prend chaque cas individuellement.
    Même chose pour la prostitution (adultes ou enfants) : On sait les souffrances que les prostituéEs endurent quotidiennement dans un travail qui n’a rien d’anodin, on sait qu’iels y sont en très grandes majorités poussées pour des nécessités financières et que malgré tout, beaucoup revendiquent leur droit à pouvoir en vivre, à ne pas être privéEs de leurs revenus.
    Est-ce que ça empêche pour autant de condamner moralement ces principes et de viser une mutation générale de la société ?

    —————————

    Et quand je regarde ces chiffres :
    http://www.scribd.com/EconomistDailychart/d/91840616-Meat-Consumption-Per-Person
    Le Burundi n’est pas connu pour son antispécisme. Pourtant, si on regarde sa très faible consommation de viande, est-ce qu’il est vraiment loin de l’abolition concrète de l’exploitation animale ?…
    La pauvreté d’un pays non-blanc n’est pas automatiquement synonyme d’une dépendance absolue à l’exploitation animale. La situation de chaque pays devra évidemment être traitée au cas par cas, mais la modélisation abstraite qu’on s’en fait, nous, occidentaux carnistes qui ne connaissons rien aux situations des pays concernés, est bien plus souvent tournée vers le postulat (arrangeant) que les pays pauvres sont la justification du spécisme, alors que c’est probablement l’inverse.

    —————————–

    Maintenant, on peut sans doute constater DU racisme dans le mouvement antispéciste Français. (Mais à vérifier : Est-ce que les racistes animalistes sont réellement antispécistes ?…). Est-ce la faute au principe lui-même de l’antispécisme, ou plutôt à l’historique de la cause animale en France, défendue par les mauvaises personnes ? Est-ce que la faible représentation des non-blancs dans l’antispécisme Français (faible mais pas nulle) n’est pas aussi due à la difficulté de s’impliquer (concrètement et intellectuellement) dans un tel militantisme quand on doit déjà quotidiemment travailler à lutter contre sa propre oppression, sans avoir besoin d’en rajouter en subissant de la végéphobie ?
    Le racisme n’est pas non plus absent du féminisme.
    La misogynie n’est pas absente de l’antiracisme.
    Etc.
    Participer à une lutte contre une oppression donnée ne met pas à l’abri de participer malgré soi à d’autres oppressions. Ca ne veut pas dire pour autant que, par essence, une lutte menace l’autre. D’où l’intérêt de l’intersectionnalité.

    ————————–

    J’ai vu plus haut qu’on parlait des Jahïns. Que dire des Bishnoïs ? S’ils n’ont pas mis ce mot sur leur philosophie de vie, est-ce que pour autant on ne peut pas dire qu’ils sont déjà antispécistes ?

    ————————-

    Un autre point dont tu parles qui rend la cause antispéciste très particulière : Les animaux non-humains ne peuvent pas se défendre, s’affirmer eux-mêmes auprès des humains en tant qu’individus pourvus de droits. Et c’est vrai que c’est une spécificité, puisque les mouvements antiracistes et féministes, LGBT sont eux portés par les opprimés eux-mêmes. Des opprimés qui ont pourtant eu besoin, initialement ou ponctuellement, d’alliés ou d’intermédiaires au sein du groupe dominant. Reconnaître soi-même son oppression n’est pas suffisant pour faire levier, si on ne dispose pas de la force numérique ni d’aucun contre-pouvoir. Il faut à un moment qu’un certain nombre d’alliés parmi les dominants prennent conscience du problème et souhaitent participer à sa résolution.

    Bref, l’incapacité des animaux à s’affirmer eux-mêmes en tant qu’individus est effectivement une difficulté. Sauf si on en vient à améliorer notre communication avec eux, par l’avancée de nos connaissances scientifiques. Ce qui est de toute façon en train de se faire. Indirectement, en améliorant nos connaissances sur leur vécu subjectif, sur leur individualité, on les affirme auprès de la société en tant qu’individus.

    A titre de comparaison, le fait que les handicapés mentaux lourds et les nourrissons ne puissent pas s’affirmer eux-mêmes en tant qu’individus sensibles n’a certainement pas aidé la société humaine à décider de les prendre en compte… Pourtant, ça finit par se faire. Lentement.

    Bon, tu faisais cette réflexion pour dire :
     » Bon, je ne pense pas que les animaux veulent être mangés (Ça, on peut l’admettre je crois) mais par exemple, on peut penser non sans mal que si les animaux pouvaient « parler », ils réclameraient aussi qu’on ne détruise pas leurs habitats (ce qui les conduit irrémédiablement à la mort), ce qui n’est pas la revendication première au sein des antispécistes. »
    Dans une société où l’on tue des centaines de milliards d’animaux par an, concrètement, directement, de manière dénombrable, sans supposer de ce qui arrive indirectement en menaçant leurs habitats, pour le plaisir de les manger, alors qu’on sait parfaitement que c’est totalement dispensable… est-ce qu’il est bien sérieux de se poser la question ensuite des habitats détruits alors qu’on passe déjà son temps à les tuer directement pour le plaisir ?
    La lutte contre le carnisme est le point clé du spécisme, le carnisme est ce qui maintient le spécisme en place. (En plus d’être déjà une immense source de destruction des habitats des animaux, justement. Sinon la principale cause.)

    Comparons : La politique d’explusion des rroms en France est immorale et inacceptable. C’est un fait. Mais est-ce qu’il serait plus immoral et néfaste de détruire leur habitat, d’expulser/détruire les caravanes de rroms, ou alors plutôt de décider de les tuer pour les manger ?

    • « Mais à ce que je sache, les militants vegans/antispécistes ne visent pas en priorité les humains pauvres et non-blancs. Ca n’aurait aucun sens. »

      Pourtant j’en ai lu (sur internet) et j’en ai vu/entendu (IRL) de tels propos. Ou alors les antispécistes devraient les clarifier?

  10. Article très intéressant, je m’y retrouve je dois dire. Il y a autre chose qui me pose question : quand on voit les blogs de recettes vegan il y a beaucoup de produits importés pour pallier certains produits. Quand on dit qu’on mange plus diversifié je ne sais pas si c’est nécessairement une bonne chose, vu qu’on crée parfois une demande très forte pour ees produits importés (comme le quinoa) ou qui sont récoltés / produits de manière non éthique d’un point de vue humain ou écologique (consommation de carburant, exploitation des populations, ou destruction de l’habitat des animaux pour permettre la culture)…
    Une consommation réellement éthique est difficile à envisager pour beaucoup, je crois. Il faudrait quelle soit exclusivement locale, raisonnable, respecteuse des humains et des animaux…

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