Le Whitesplainning, cette condescendance particulière…

On m’avait demandé il y a maintenant un temps un article sur le whitesplainning.

J’avais déjà abordé furtivement le concept de splaining dans cet article (Oui, suivez le lien car ça donne une bonne intro). Il est difficile de traduire ce terme anglais, dont on peut interpréter le sens comme « explication condescendante sur une oppression par un dominant de celle-ci à un dominé ». Va traduire ça en français…Ainsi, lorsqu’un homme essaye d’expliquer le sexisme vécue par une femme à celle-ci, on appelle cela du mansplaining (ou encore parfois, mecsplication en français). Le whitesplaining est l’équivalent du mansplaining pour le racisme. S’il y a plusieurs ressources pour expliquer ce qu’est la mecsplication, et pourquoi cela perpétue le sexisme, elles sont plus rares avec le whitesplaining.

Qu’est-ce-que le whitesplaining? Urban Dictionnary nous dit encore que c’est une explication paternaliste donnée par les blancs à une personne de couleur, définissant ce qui devrait ou ne devrait pas être considéré comme raciste, tout en exhibant leur propre racisme inconsciemment. Je trouve cette définition encore plus précise que celle plus générale, et qui explique la pertinence du terme whitesplaining.

Car souvent confronté au terme whitesplaining, les personnes blanches préfèrent : soit le rejeter en bloc, soit le diluer en expliquant que le terme « condescendance » serait suffisant. Or pour répondre surtout à la deuxième option (la première n’en méritant pas, de réponse), le mot condescendance est loin d’être suffisant. Le whitesplaining, c’est surtout cette douce ironie où une personne blanche pense apprendre quelque chose à quelqu’un sur son oppression, tout en la perpétuant par ses propos. Situation aigre-douce où vous ne savez pas si vous devez rire ou pleurer.

C’est plus que de la condescendance : c’est en même temps du racisme, le sentiment d’être dans son bon droit/ou de mériter certaines choses, et une impertinence sans nom. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, le whitesplaining, c’est un peu les propos d’une personne qui vient d’apprendre le principe de l’addition, et qui se sent bien placé pour venir rectifier un étudiant en mathématiques sur la résolution des équations à plusieurs inconnues dans le monde complexe.

Que ça soit dans ma vie physique, ou sur la toile depuis que j’ai ouvert ce blog, je fais toujours face à du whitesplaining à un moment donné :

  • Quand une blanche vient t’expliquer que lorsqu’on se moque de toi en poussant des cris de singe, parce que tu manges une banane, c’est UNIQUEMENT du sexisme.
  • Quand on t’explique que le racisme antiblanc existe.
  • Quand on te dit que tu montres le mauvais exemple en étant agressive.

Et je pourrais bien continuer, mais je pense qu’il y’en a aussi des aperçus dans ce précédent article. En gros, vous êtes blanc, et tenté d’expliquer le racisme (et/ou comment y réagir) à une personne non-blanche? Juste stop.

Bonus

Excellents exemples (en anglais) de whitesplaining : http://whitesplaining.tumblr.com/

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16 thoughts on “Le Whitesplainning, cette condescendance particulière…

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  8. Non, on ne peut vraiment rien dire ou même imaginer quant au fait de subir le racisme tous les jours, je suis totalement d’accord avec toi, de même que si un mec peut soutenir la cause féministe, de la même manière, il ignore complètement ce que peut signifier chaque jour de sa vie d’être réduite à son genre.

    Cela dit, l’autre jour, j’ai vécu une expérience qui m’a fait comprendre à quel point je ne pouvais concevoir ce que signifie réellement bouffer du racisme toute sa vie.
    Juste le temps d’une expédition en Espagne, je me suis retrouvée dans la peau de l’étranger qu’on n’aime pas. Je pense que le rejet de beaucoup d’Espagnols des Français vient pas mal de la manière dont mes charmants grands-parents se sont comporté en coloniaux lors de la période glorieuse de la Costa Brava et pas mal aussi de la manière dont l’Europe (et les Allemands et nous-mêmes) traite l’Espagne en ce moment.
    Bref, les mecs, ils ne nous aiment pas du tout.

    Donc, chaque fois que j’ai été obligée d’ouvrir ma gueule pour communiquer et donc trahir mon origine, je me suis pris en pleine poire l’agressivité même pas déguisée de la plupart de mes interlocuteurs. On t’envoie chier, on ne te répond pas, on fait comme si tu étais transparent ou comme si tu étais un gros poil de cul au milieu d’un potage au caviar et j’ai même eu le droit au coup du vigile au supermarché alors que je payais mes courses avec une Visa. Tant que je n’ai rien dit, ça allait, quand la caissière a vu que j’étais française, elle s’est fermée comme une huitre, m’a demandé mes papiers (depuis quand faut-il des papiers pour payer par carte bancaire?), m’a engueulé parce que le nom sur la carte commune n’est pas le mien (donc, je me retrouve à expliquer que je vis en couple non marié… putain de merde!) et elle me crache au visage qu’elle va appeler le vigile.

    J’ai paniqué complet, j’étais dans un état de stress affreux, je me sentais persécutée après une journée de ce régime de merde et j’ai passé la frontière en dégainant des bras d’honneur.

    Le fait est que je suis quand même blanche, que du coup ça ne se voyait pas sur ma gueule que je n’étais pas du coin, seulement lorsque je devais parler, que, bien sûr, il y avait des gens « normaux’ dans le tas et que ça n’a duré qu’une seule petite journée et qu’après tout revenait à la normale dans un monde où je suis née du bon côté, de la bonne couleur (mais peut-être pas tout à fait du bon sexe…).
    Mais j’ai mesuré, ensuite, revenue au calme, à quel point cette expérience était violente, agressive, intrusive, à quel point je m’étais sentie vulnérable et en même temps en colère devant l’injustice de ces attitudes que je n’avais pas provoquées, autrement qu’en existant en tant que moi.

    Et là, j’ai eu une sensation de vertige en imaginant la même chose, chaque jour de ma vie, sans même ouvrir ma gueule, juste quand on me croise dans la rue. Imaginer le stress permanent, la colère, la frustration, la haine, toutes ces choses que j’ai à peine effleuré, le temps d’une balade.
    Ben non, je n’y suis pas arrivée.
    Bordel de merde!

    • Sur l’article>> j’arrive un peu comme une voleuse vu que je n’ai jamais commenté ici, mais je suis ton blog depuis un moment, Ms Dreyful, et je dois dire que je l’apprécie beaucoup parce qu’il me permet de me rendre compte des problématiques liées au racisme, que je ne connais pas intimement puisque blanche vivant en France… Je crois que la meilleur attitude est justement d’écouter autrui et de se remettre en question, mais c’est un cercle vicieux: tu ne vis pas une oppression, donc tu n’y prêtes pas vraiment attention, donc tu nies les remarques des oppriméEs, donc tu renforces cette oppression…

      Agnès>> Euh, je ne veux pas nier le mal-être que tu as pu ressentir lors de ton passage en Espagne (pour y avoir vécu longtemps, je sais que le sentiment anti-français est réel, encore plus dans les petites communes), néanmoins, pour rendre justice à la caissière… Sur les cartes bancaires en Espagne: les EspagnolEs ne tapent pas leur code secret sur les bornes bancaires, mais donnent leur carte bancaire et un document d’identité au/à la commerçantE, puis signent la facture donnée par ce-tte dernierE. La signature est la preuve de la validité de la transaction, comme l’est le code correct en France (par exemple). Il était donc normal (entendre qu’elle ne l’a pas fait parce que tu es étrangère) que la caissière demande tes papiers puis appelle le vigile lorsqu’elle a vu la différence entre les noms.
      Quand au racisme anti-français en Espagne, bien réel, il date plutôt de la colonisation de l’Espagne par les troupes napoléoniennes…. 😦 Voire, si tu étais en Catalogne, de l’arrivée au pouvoir des Bourbons, qui a modifié toute l’architecture politique du pays.

      Et désolée pour ce commentaire un peu bancal…

      • J’ai tapé mon code. Tout le monde tapait son code dans ce foutu hypermarché (Euroski), mais j’ai été la seule à voir le droit à tout le tremblement, les gens d’avant n’ont pas eu à montrer leurs papiers.
        Question subsidiaire : les unions libres et les cartes communes automatiquement libellées au nom du mec n’existent pas en Espagne?

        Pour en revenir au sujet principal, je suis monstrueusement affligée par la déferlante de racisme revendiqué qui s’affiche actuellement en France, mais d’après ce que j’ai compris, c’est assez général en Europe. J’ai l’impression que la xénophobie est une espèce de boue collante à nos pompes, qui reste cantonnée dans les égouts et concentrée sur des cibles bien délimitées quand tout va bien et qui est donc si facile à réactiver quand la merde monte et que la peur, la frustration et l’impuissance transforment nos cerveaux en vastes latrines puantes. Le creusement des inégalités, la certitude qu’on va être nombreux à déchoir semblent nourrir abondamment la bête immonde et notre besoin malsain de trouver des coupables idéaux.

        En gros, en ce moment, je trouve que ça pue comme ça n’a jamais pué depuis que j’existe. Les grands-parents ont certainement une idée de ce que j’évoque.

        • Tu n’as pas du faire gaffe mais tout le monde montre sa carte d’identité au moment de payer en Espagne, code PIN ou pas. Les autres devaient avoir une carte d’identité espagnole, sont habitués à la montrer rapidement et la caissière en voyant que c’est une carte espagnole doit moins faire attention que pour une carte FR.
          Je suis franco-espagnole et je la sors à chaque fois, très rapidement en mode automatisme et pourtant ma CB est à code.

  9. « Inventons le mot : c’est du “fraternalisme”.
    Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. »
    Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez du 24 octobre 1956. Il s’agit d’une lettre de démission.

    Ça ne date pas d’aujourd’hui ! Source : http://goo.gl/Xb5U7o

    • Ajout intéressant de cette lettre de Césaire 🙂
      Mais je pense pas que cette notion de fraternalisme recoupe exactement le whitesplaining, car dans ce mot, Césaire admet que l’autre est le « grand frère », qui saurait plus. Alors que le whitesplaining s’illustre bien en discours perpétuant l’idéologie dominante, et qui prouve que celui tenant les propos ne comprend rien aux problèmes évoqués et n’est donc pas en situation de « grand frère » (comme il se l’imagine).

      • Oui, oui, bien sûr cela [ne] « recoupe [pas] exactement le whitesplaining », juste une trace “historique” (archéologique ?) du phénomène. Cela dit, pour Césaire non seulement le “grand frère” « ne comprend rien aux problèmes évoqués » en effet mais encore nie jusqu’au fait que ces problèmes puissent se poser ! En tout cas, pas autrement qu’à travers un prisme dont Césaire montre montre bien qu’il ne permet pas de penser l’autonomie nécessaire. « L’heure de nous-mêmes a sonné » écrit-il plus bas, ce qui fait écho à votre « Juste stop », d’une certaine manière.

        • Oui, vous avez raison, Césaire traite quand même du même phénomène. (Bon, « L’heure de nous-mêmes a sonné » est quand même plus classe ;))

  10. Condescendance me parait bancale par ce qu’il n’exprime pas le mécanisme derrière cette condescendance et surtout, c’est volontaire, à priori, la condescendance, alors que la (je parle plutôt du mensplanning, en tant que blanche), le dominant s’en rend pas du tout compte, pense même se positionner en allier en s’intéressant a ta domination. et si tu lui dit, te prend la tête qu’il peut bien donner son avis, quand même.
    D’où l’intérêt d’un terme dédier.

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